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Une mutation faux-sens de la protéine SAA1 responsable d’une amylose AA héréditaire

First author: Nelson Leung

Journal: Kidney International (2026), 110:255–259

Summary by Prof. Sophie Georgin-Lavialle and Dr Rim Bourguiba



Points clés

  • Description d’une forme familiale d’amylose AA liée à une mutation hétérozygote de SAA1.

  • Le tableau est inhabituel par l’absence de syndrome inflammatoire et des taux de SAA circulante normaux ou bas.

  • La mutation p.D34V augmente fortement la capacité de SAA1 à former des fibrilles amyloïdes.

  • Cette anomalie peut ne pas être détectée par le typage protéomique standard.

  • Une cause génétique doit être évoquée devant une amylose AA familiale ou sans cause inflammatoire évidente.


Résumé

Cet article rapporte une famille atteinte d’amylose AA héréditaire liée à une mutation de SAA1. Le cas index est un homme de 37 ans exploré pour une protéinurie importante, avec à la biopsie rénale des dépôts d’amylose AA. Le tableau ne correspondait cependant pas à une amylose AA “classique” : il n’y avait ni syndrome inflammatoire, ni élévation de la CRP, et le taux de SAA circulante était inférieur au seuil de détection. L’histoire familiale était très évocatrice, avec plusieurs apparentés atteints d’amylose rénale ou systémique et des décès précoces, ce qui orientait vers une transmission autosomique dominante.


Le séquençage de l’exome a mis en évidence chez les sujets atteints une mutation faux-sens hétérozygote du gène SAA1, c.101A>T, responsable de la substitution p.D34V. Cette variation n’était pas retrouvée chez le père non atteint et n’était pas présente dans les bases de données populationnelles. Les analyses génétiques antérieures à la recherche d’une maladie auto-inflammatoire étaient négatives. Les auteurs insistent sur le fait que cette anomalie se situe dans une région génomique qui peut être masquée dans certaines analyses standard, avec un risque de méconnaître le diagnostic.


Le travail est aussi intéressant sur le plan méthodologique. En spectrométrie de masse conventionnelle, les dépôts étaient typés comme amylose AA avec prédominance de SAA1, mais sans mise en évidence de la protéine mutée. En fait, la substitution D34V est située entre deux sites de clivage trypsiques, ce qui rend le peptide muté difficilement détectable par la technique habituelle. L’utilisation d’une digestion alternative par Asp-N a permis d’identifier le peptide muté dans les dépôts amyloïdes. Surtout, les dépôts contenaient préférentiellement la forme mutée de SAA1, ce qui suggère qu’elle s’agrège beaucoup plus facilement que la protéine sauvage.

Les analyses structurales et fonctionnelles vont dans le même sens. La mutation remplace un acide aspartique chargé négativement par une valine hydrophobe dans une région importante pour la fibrillogenèse. Cette modification déstabilise la structure native de SAA1 et favorise sa transformation en fibrilles amyloïdes. Les expériences réalisées sur peptides synthétiques montrent une augmentation nette de l’agrégation du peptide muté, avec signal Thioflavine T plus élevé et présence en microscopie électronique de nombreuses fibrilles, alors que le peptide sauvage s’agrège peu dans les mêmes conditions.


Au total, ce travail décrit une nouvelle cause d’amylose AA héréditaire, indépendante d’un état inflammatoire chronique et liée à l’amyloïdogénicité intrinsèque d’une protéine SAA1 mutée. En pratique, le message est important : devant une amylose AA sans cause inflammatoire évidente, en particulier chez un sujet jeune ou en cas d’antécédents familiaux, il faut envisager une origine génétique et bien étudie le gène SAA1. Cette observation pose aussi la question de la prise en charge, car dans ce contexte les traitements habituels de l’amylose AA visant à réduire la production de SAA comme les anti IL6 risquent d’être d’efficacité limitée.

 

 

 
 
 

Titre en anglais : Epidemiology and clinical presentation of kidney amyloidosis have changed over the past three decades: a nationwide population-based study

Premier auteur : Hilde J. Vasstrand

Revue : BMC Nephrology

Reference : BMC Nephrol. 2025 Jun 2;26(1):272.

Article résumé par: Dr Catherine Grandpeix-Guyodo


Amylose rénale en Norvège : comment la maladie a évolué en 30 ans

Introduction :

Les amyloses sont des maladies liées à des dépôts de protéines sous forme de fibrilles amyloïdes. Le typage de la protéine permet de comprendre la présentation de la pathologie, son évolution, le pronostic et d’adapter les traitements. Le diagnostic précoce de l’amylose rénale est essentiel pour l’optimisation du traitement et pour l’amélioration du pronostic. Cette étude nationale norvégienne conduite sur 30 ans explore les changements dans l’épidémiologie et la présentation clinique des amyloses rénales, afin de sensibiliser à ces pathologies.


Patients et méthodes :

Sur une période de 30 ans, 479 patients présentant une amylose sur une ponction biopsie rénale (PBR) ont été identifiés dans les registres, dont 209 amyloses AA (dépôts de protéine SAA) et 270 amyloses non‑AA (essentiellement des amyloses AL par dépôts de chaînes légères d’immunoglobuline). Les dossiers de ces patients ont été étudiés et les cas ont été séparés en amylose AA et amylose non‑AA.


Résultats :

La fréquence des amyloses était stable dans le temps (4 % des PBR) mais l’amylose AL est devenue la forme prédominante des amyloses non‑AA avec une fréquence passée de 1,9 % à 2,8 % des PBR (p = 0,014). En parallèle, la proportion d’amylose AA passait de 2,6 % à 1,3 % (p < 0,001), du fait de la diminution des amyloses secondaires à des rhumatismes inflammatoires, en partie compensée par les amyloses AA secondaires aux injections de drogues.

Les progrès dans le typage des dépôts amyloïdes ont permis de diminuer significativement les amyloses indéterminées (p < 0,001) et d’avoir des diagnostics plus précis. Les présentations cliniques étaient variées mais une protéinurie était présente chez 94 % des patients. Un syndrome néphrotique était noté plus fréquemment chez les patients ayant une amylose non‑AA (70 %) que chez ceux avec une amylose AA (51 %). La fonction rénale était mieux préservée chez les amyloses non‑AA (DFG médian à 53 ml/min/1,73 m²) que chez les amyloses AA (DFG médian 27 ml/min/1,73 m²). Les patients présentant une amylose AA étaient plus jeunes (p < 0,001) et plus souvent hypertendus (53 % versus 38 %, p < 0,001).

Concernant les patients développant une amylose AA suite à l’injection de drogues, ils étaient plus jeunes, plus souvent des hommes et présentaient une atteinte rénale plus avancée avec la moitié en insuffisance rénale terminale.

Récemment, les auteurs ont noté que les patients avec une amylose non‑AA avaient de meilleurs taux d’albumine, d’hémoglobine et de VS (p < 0,05). De plus, la proportion d’amylose non‑AA avec insuffisance rénale terminale a chuté de 26,8 % à 8,7 % (p = 0,005), ce qui pourrait indiquer des diagnostics plus précoces.


Conclusion :

Il y a eu des changements dans l’épidémiologie des amyloses rénales en Norvège au cours des 30 dernières années. Le taux d’amylose non‑AA dans les biopsies a augmenté, et certains indicateurs suggèrent que le diagnostic est fait plus précocement. Le typage amyloïde s’est amélioré, ce qui se reflète dans des diagnostics plus précis avec une diminution des formes indéterminées. Les amyloses AA en rapport avec les rhumatismes inflammatoires ont nettement diminué mais l’augmentation des amyloses AA chez les patients qui s’injectent des drogues devient une problématique croissante.

La sensibilisation aux amyloses reste nécessaire, surtout en cette période où l'épidémiologie change avec, pour conséquence, la possibilité de modifications de la présentation clinique et des besoins thérapeutiques.

 
 
 

Titre de l'article: Faut-il séquencer le gène MEFV chez les patients avec une amylose AA dans les pays à haute prévalence de fièvre méditerranéenne familiale ? : une étude de 78 patients dialysés en Jordanie.

Premier auteur: Ahmed Sheyyab

Revue: Journal of Nephrology

Auteur du résumé: Rim BOURGUIBA

Graphical abstract de l'article

Introduction :

La fièvre méditerranéenne familiale (FMF), est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde. Elle est associée dans sa forme classique à des mutations majoritairement dans l’exon 10 du gène MEFV. L’amylose AA est la complication la plus sévère de la FMF.

L’objectif de l’étude était de comparer la fréquence des variants du gène MEFV chez des patients en hémodialysé par rapport à des témoins sains dans un pays Méditerranéenne, la Jordanie.


Méthodes :

Une étude transversale incluant 78 patients avec atteinte rénale au stade d’hémodialyse et 201 témoins sains en Jordanie a été réalisée.  Tous les patients ont eu un séquençage par la technique de Sanger des principaux variants du gène MEFV ; les variants suivants étaient recherchés : p.E148Q, p.P369S, p.F479L, p.M680I (G/C), p.M680I (G/A), p.I692del, p.M694V, p.M694I, p.K695R, p.V726A, p.A744S, et p.R761H. Les patients ayant un variant ont été ensuite évalués cliniquement selon les critères de Tel-Hashomer ; cinq ont eu une biopsie rectale pour recherche d’amylose.


Résultats :

Parmi les patients dialysés, 16% avait au moins un variant de MEFV versus 12,9 % dans le groupe témoins (non significatif). Les deux mutations les plus fréquentes dans le groupe des patients hémodialysés étaient M694V (p = 0,035) et V726A (p = 0,009). Les variants notés chez les patients des deux groupes, sont résumés dans le tableau 1. Dans le groupe contrôle sans insuffisance rénale, 22 patients avaient un variant E148Q à l’état hétérozygote. Trois patients remplissaient les critères diagnostiques de FMF, et un cas d’amylose AA confirmée à la biopsie a été retrouvé.


Conclusion :

La FMF est la maladie autoinflammatoire la plus fréquente dans les pays Méditerranéens ; cependant elle reste sous diagnostiquée même dans les populations à haut risque. Cette errance diagnostique est source de complications principalement l’amylose AA. Cette étude montre que 4% des patients hémodialysés diagnostiquées avaient une FMF. Elle a confirmé aussi le caractère non pathogène du variant E148Q qui était détecté chez 22 patients sains et asymptomatiques.

Au total, ce travail souligne l’importance de la recherche des mutations dans le gène MEFV chez les patients avec amylose AA dans les pays où la FMF est très prévalente afin de proposer un traitement adéquat pour prévenir l’amylose AA et l’évolution vers l’insuffisance rénale.


Résultats du dépistage génétique du gène MEFV montrant le taux de fréquence des variants détectés dans les groupes souffrant d'insuffisance rénale et dans les groupes témoins

 
 
 
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