top of page

Titre en anglais : Epidemiology and clinical presentation of kidney amyloidosis have changed over the past three decades: a nationwide population-based study

Premier auteur : Hilde J. Vasstrand

Revue : BMC Nephrology

Reference : BMC Nephrol. 2025 Jun 2;26(1):272.

Article résumé par: Dr Catherine Grandpeix-Guyodo


Amylose rénale en Norvège : comment la maladie a évolué en 30 ans

Introduction :

Les amyloses sont des maladies liées à des dépôts de protéines sous forme de fibrilles amyloïdes. Le typage de la protéine permet de comprendre la présentation de la pathologie, son évolution, le pronostic et d’adapter les traitements. Le diagnostic précoce de l’amylose rénale est essentiel pour l’optimisation du traitement et pour l’amélioration du pronostic. Cette étude nationale norvégienne conduite sur 30 ans explore les changements dans l’épidémiologie et la présentation clinique des amyloses rénales, afin de sensibiliser à ces pathologies.


Patients et méthodes :

Sur une période de 30 ans, 479 patients présentant une amylose sur une ponction biopsie rénale (PBR) ont été identifiés dans les registres, dont 209 amyloses AA (dépôts de protéine SAA) et 270 amyloses non‑AA (essentiellement des amyloses AL par dépôts de chaînes légères d’immunoglobuline). Les dossiers de ces patients ont été étudiés et les cas ont été séparés en amylose AA et amylose non‑AA.


Résultats :

La fréquence des amyloses était stable dans le temps (4 % des PBR) mais l’amylose AL est devenue la forme prédominante des amyloses non‑AA avec une fréquence passée de 1,9 % à 2,8 % des PBR (p = 0,014). En parallèle, la proportion d’amylose AA passait de 2,6 % à 1,3 % (p < 0,001), du fait de la diminution des amyloses secondaires à des rhumatismes inflammatoires, en partie compensée par les amyloses AA secondaires aux injections de drogues.

Les progrès dans le typage des dépôts amyloïdes ont permis de diminuer significativement les amyloses indéterminées (p < 0,001) et d’avoir des diagnostics plus précis. Les présentations cliniques étaient variées mais une protéinurie était présente chez 94 % des patients. Un syndrome néphrotique était noté plus fréquemment chez les patients ayant une amylose non‑AA (70 %) que chez ceux avec une amylose AA (51 %). La fonction rénale était mieux préservée chez les amyloses non‑AA (DFG médian à 53 ml/min/1,73 m²) que chez les amyloses AA (DFG médian 27 ml/min/1,73 m²). Les patients présentant une amylose AA étaient plus jeunes (p < 0,001) et plus souvent hypertendus (53 % versus 38 %, p < 0,001).

Concernant les patients développant une amylose AA suite à l’injection de drogues, ils étaient plus jeunes, plus souvent des hommes et présentaient une atteinte rénale plus avancée avec la moitié en insuffisance rénale terminale.

Récemment, les auteurs ont noté que les patients avec une amylose non‑AA avaient de meilleurs taux d’albumine, d’hémoglobine et de VS (p < 0,05). De plus, la proportion d’amylose non‑AA avec insuffisance rénale terminale a chuté de 26,8 % à 8,7 % (p = 0,005), ce qui pourrait indiquer des diagnostics plus précoces.


Conclusion :

Il y a eu des changements dans l’épidémiologie des amyloses rénales en Norvège au cours des 30 dernières années. Le taux d’amylose non‑AA dans les biopsies a augmenté, et certains indicateurs suggèrent que le diagnostic est fait plus précocement. Le typage amyloïde s’est amélioré, ce qui se reflète dans des diagnostics plus précis avec une diminution des formes indéterminées. Les amyloses AA en rapport avec les rhumatismes inflammatoires ont nettement diminué mais l’augmentation des amyloses AA chez les patients qui s’injectent des drogues devient une problématique croissante.

La sensibilisation aux amyloses reste nécessaire, surtout en cette période où l'épidémiologie change avec, pour conséquence, la possibilité de modifications de la présentation clinique et des besoins thérapeutiques.

 
 
 

Titre de l'article: Faut-il séquencer le gène MEFV chez les patients avec une amylose AA dans les pays à haute prévalence de fièvre méditerranéenne familiale ? : une étude de 78 patients dialysés en Jordanie.

Premier auteur: Ahmed Sheyyab

Revue: Journal of Nephrology

Auteur du résumé: Rim BOURGUIBA

Graphical abstract de l'article

Introduction :

La fièvre méditerranéenne familiale (FMF), est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde. Elle est associée dans sa forme classique à des mutations majoritairement dans l’exon 10 du gène MEFV. L’amylose AA est la complication la plus sévère de la FMF.

L’objectif de l’étude était de comparer la fréquence des variants du gène MEFV chez des patients en hémodialysé par rapport à des témoins sains dans un pays Méditerranéenne, la Jordanie.


Méthodes :

Une étude transversale incluant 78 patients avec atteinte rénale au stade d’hémodialyse et 201 témoins sains en Jordanie a été réalisée.  Tous les patients ont eu un séquençage par la technique de Sanger des principaux variants du gène MEFV ; les variants suivants étaient recherchés : p.E148Q, p.P369S, p.F479L, p.M680I (G/C), p.M680I (G/A), p.I692del, p.M694V, p.M694I, p.K695R, p.V726A, p.A744S, et p.R761H. Les patients ayant un variant ont été ensuite évalués cliniquement selon les critères de Tel-Hashomer ; cinq ont eu une biopsie rectale pour recherche d’amylose.


Résultats :

Parmi les patients dialysés, 16% avait au moins un variant de MEFV versus 12,9 % dans le groupe témoins (non significatif). Les deux mutations les plus fréquentes dans le groupe des patients hémodialysés étaient M694V (p = 0,035) et V726A (p = 0,009). Les variants notés chez les patients des deux groupes, sont résumés dans le tableau 1. Dans le groupe contrôle sans insuffisance rénale, 22 patients avaient un variant E148Q à l’état hétérozygote. Trois patients remplissaient les critères diagnostiques de FMF, et un cas d’amylose AA confirmée à la biopsie a été retrouvé.


Conclusion :

La FMF est la maladie autoinflammatoire la plus fréquente dans les pays Méditerranéens ; cependant elle reste sous diagnostiquée même dans les populations à haut risque. Cette errance diagnostique est source de complications principalement l’amylose AA. Cette étude montre que 4% des patients hémodialysés diagnostiquées avaient une FMF. Elle a confirmé aussi le caractère non pathogène du variant E148Q qui était détecté chez 22 patients sains et asymptomatiques.

Au total, ce travail souligne l’importance de la recherche des mutations dans le gène MEFV chez les patients avec amylose AA dans les pays où la FMF est très prévalente afin de proposer un traitement adéquat pour prévenir l’amylose AA et l’évolution vers l’insuffisance rénale.


Résultats du dépistage génétique du gène MEFV montrant le taux de fréquence des variants détectés dans les groupes souffrant d'insuffisance rénale et dans les groupes témoins

 
 
 

Premier auteur :  Delplanque M et al 

Revue: J Nephrol

Reference :  doi: 10.1007/s40620-024-02038-y 

PMID: 39266930

Pregnancy occurring in AA amyloidosis: a series of 27 patients including 3 new French cases

Introduction :

L'amylose AA (AAA) est une maladie multisystémique liée au dépôt dans les tissus de la protéine sérique amyloïde A (SAA) qui complique les états inflammatoires chroniques. Il s'agit d'une complication potentiellement mortelle. L'atteinte rénale est la manifestation la plus fréquente de l'AAA. La grossesse chez les femmes souffrant d'une maladie rénale chronique est considérée comme un risque de complications spécifiques de la grossesse et d'aggravation de leur maladie rénale sous-jacente. Les données sur la grossesse survenant au cours de l’amylose AA sont limitées, d'où l'importance d'étudier l’évolution des mères et des foetus. L’objectif de ce travail était de rapporter des cas de grossesse chez des patientes avec amylose AA discutés au sein de notre centre de référence et de réaliser une revue de la littérature sur le sujet.

Patientes et méthodes : Les cas francophones ont été recueillis via la réunion de concertation pluridisciplinaire nationale sur l’amylose AA. La revue de la littérature a été effectuée en utilisant les bases de données MEDLINE et EMBASE. Les données analysées incluaient l'âge des mères, les complications et évolution de la grossesse et les paramètres rénaux et inflammatoires.

Résultats:

Trois nouveaux cas sont décrits : une femme turque avec une fièvre méditerranéenne familiale (FMF) et un syndrome néphrotique post-partum, une femme avec une cryopyrinopathie qui a eu une grossesse sans complication majeure et une patiente géorgienne avec une FMF, transplantée rénale dont la grossesse s’est compliquée d’une infection et d’un accouchement prématuré.


Résultats portant sur les 3 nouveaux cas et la revue de la littérature:

Parmi les 27 cas recensés dont 24 dans la littérature et les 3 nouveaux, 8 patientes ont été diagnostiquées avec amylose AA pendant ou juste après la grossesse. L'âge médian au diagnostic était de 25 ans [19-32]. La FMF était la cause principale d’amylose AA (19 cas), suivie par les cryopyrinopathies (2 cas), les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (2 cas) et les infections (2 cas). Les complications rénales étaient fréquentes : 33 % (3/9) des patientes avec un eGFR < 60 mL/min/1,73 m² ont connu une détérioration rénale pendant la grossesse ; 66 % (8/12) ont présenté une augmentation de la protéinurie. Quatre-vingt-douze pourcents (23/25) des patientes ont présenté complications obstétricales parmi lesquelles : une prématurité (11/25), un retard de croissance intra utérin (10/25), une prééclampsie (4/25), de l’hypertension (3/25). L'âge gestationnel à l'accouchement était de 36,5 semaines d’aménorrhées [32,5 ; 38], le plus souvent par césarienne (17/22) et aucune complication hémorragique n'était décrite. Deux patientes avaient subi une transplantation rénale avant la grossesse. Le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) était connu avant la grossesse chez 10 patientes avec une médiane à 55 mL/min/1.73 m2 [38 ; 57] et 8/15 avaient une protéinurie significative (> 0,5g/24h). Parmi celles dont le DFGe de base était connu avant la grossesse, 33% (3/9) ont connu une baisse de la fonction rénale pendant la grossesse, mais toutes se sont rétablies par la suite. Deux patientes dont la fonction rénale antérieure était inconnue 2 patientes ont été mise en hémodialyse. La protéinurie a augmenté pendant la grossesse chez 66% des patientes (8/12).

 

Conclusion :

La grossesse est un moment clé dans l'histoire naturelle de l'amylose AA en termes de diagnostic mais aussi de risque de complications rénales et obstétricales. Dans la mesure du possible elle doit être anticipée avec une consultation pré conceptionnelle, une prise en charge multidisciplinaire et une surveillance rapprochée sont essentielles pour minimiser ces risques.




 
 
 
bottom of page