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Premier auteur :  Delplanque M et al 

Revue: J Nephrol

Reference :  doi: 10.1007/s40620-024-02038-y 

PMID: 39266930

Pregnancy occurring in AA amyloidosis: a series of 27 patients including 3 new French cases

Introduction :

L'amylose AA (AAA) est une maladie multisystémique liée au dépôt dans les tissus de la protéine sérique amyloïde A (SAA) qui complique les états inflammatoires chroniques. Il s'agit d'une complication potentiellement mortelle. L'atteinte rénale est la manifestation la plus fréquente de l'AAA. La grossesse chez les femmes souffrant d'une maladie rénale chronique est considérée comme un risque de complications spécifiques de la grossesse et d'aggravation de leur maladie rénale sous-jacente. Les données sur la grossesse survenant au cours de l’amylose AA sont limitées, d'où l'importance d'étudier l’évolution des mères et des foetus. L’objectif de ce travail était de rapporter des cas de grossesse chez des patientes avec amylose AA discutés au sein de notre centre de référence et de réaliser une revue de la littérature sur le sujet.

Patientes et méthodes : Les cas francophones ont été recueillis via la réunion de concertation pluridisciplinaire nationale sur l’amylose AA. La revue de la littérature a été effectuée en utilisant les bases de données MEDLINE et EMBASE. Les données analysées incluaient l'âge des mères, les complications et évolution de la grossesse et les paramètres rénaux et inflammatoires.

Résultats:

Trois nouveaux cas sont décrits : une femme turque avec une fièvre méditerranéenne familiale (FMF) et un syndrome néphrotique post-partum, une femme avec une cryopyrinopathie qui a eu une grossesse sans complication majeure et une patiente géorgienne avec une FMF, transplantée rénale dont la grossesse s’est compliquée d’une infection et d’un accouchement prématuré.


Résultats portant sur les 3 nouveaux cas et la revue de la littérature:

Parmi les 27 cas recensés dont 24 dans la littérature et les 3 nouveaux, 8 patientes ont été diagnostiquées avec amylose AA pendant ou juste après la grossesse. L'âge médian au diagnostic était de 25 ans [19-32]. La FMF était la cause principale d’amylose AA (19 cas), suivie par les cryopyrinopathies (2 cas), les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (2 cas) et les infections (2 cas). Les complications rénales étaient fréquentes : 33 % (3/9) des patientes avec un eGFR < 60 mL/min/1,73 m² ont connu une détérioration rénale pendant la grossesse ; 66 % (8/12) ont présenté une augmentation de la protéinurie. Quatre-vingt-douze pourcents (23/25) des patientes ont présenté complications obstétricales parmi lesquelles : une prématurité (11/25), un retard de croissance intra utérin (10/25), une prééclampsie (4/25), de l’hypertension (3/25). L'âge gestationnel à l'accouchement était de 36,5 semaines d’aménorrhées [32,5 ; 38], le plus souvent par césarienne (17/22) et aucune complication hémorragique n'était décrite. Deux patientes avaient subi une transplantation rénale avant la grossesse. Le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) était connu avant la grossesse chez 10 patientes avec une médiane à 55 mL/min/1.73 m2 [38 ; 57] et 8/15 avaient une protéinurie significative (> 0,5g/24h). Parmi celles dont le DFGe de base était connu avant la grossesse, 33% (3/9) ont connu une baisse de la fonction rénale pendant la grossesse, mais toutes se sont rétablies par la suite. Deux patientes dont la fonction rénale antérieure était inconnue 2 patientes ont été mise en hémodialyse. La protéinurie a augmenté pendant la grossesse chez 66% des patientes (8/12).

 

Conclusion :

La grossesse est un moment clé dans l'histoire naturelle de l'amylose AA en termes de diagnostic mais aussi de risque de complications rénales et obstétricales. Dans la mesure du possible elle doit être anticipée avec une consultation pré conceptionnelle, une prise en charge multidisciplinaire et une surveillance rapprochée sont essentielles pour minimiser ces risques.




 
 
 

Titre de l'article:Syndrome VEXAS comme nouveau diagnostic différentiel de la spondyloarthrite du sujet âgé

Premier auteur: Jain H

Revue: MEDITERRANEAN JOURNAL OF RHEUMATOLOGY

Auteur du résumé: Philippe Mertz


Syndrome VEXAS comme nouveau diagnostic différentiel de la spondyloarthrite du sujet âgé

Le syndrome VEXAS (Vacuoles, E1 enzyme, X-linked, Autoinflammatory, Somatic) est une maladie autoinflammatoire associée à des mutations somatiques du gène UBA1, principalement observée chez les personnes de plus de 50 ans. Ce gène code une enzyme clé du processus d'ubiquitination, dont la dysfonction entraîne l'activation de plusieurs voies inflammatoires. Les signes évocateurs du syndrome VEXAS incluent une anémie macrocytaire, des dermatoses neutrophiliques (comme le syndrome de Sweet), des atteintes pulmonaires, ophtalmologiques, des thromboses, et des manifestations rhumatologiques variées. Ces dernières se présentent souvent sous forme d'arthro-myalgies ou de mono-, oligo-, ou polyarthrites.

La spondyloarthrite du sujet âgé est une entité rare, pouvant être axiale et/ou périphérique, avec une composante inflammatoire souvent plus marquée que chez le sujet jeune. Elle impose d’éliminer certains diagnostics différentiels spécifiques, notamment les rhumatismes microcristallins, la pseudo-polyarthrite rhizomélique, l’artérite à cellules géantes, ou encore des rhumatismes paranéoplasiques.

Les auteurs rapportent le cas d’un homme de 67 ans habitant en Inde présentant une polyarthrite périphérique associée à des lombalgies chroniques d’horaire inflammatoire. Depuis un mois, des lésions cutanées avaient également été observées, et la biopsie a révélé une dermatose neutrophilique, qui a bien répondu à une corticothérapie. Le bilan rhumatologique a montré la présence de l’HLA B27, une sacro-iliite bilatérale active à l’IRM, des synovites des poignets et une bursite rétrocalcanéenne bilatérale. Le traitement initial par sulfasalazine et AINS a échoué, et l’introduction de méthotrexate à 15 mg/semaine s’est également révélée inefficace. Des explorations complémentaires ont mis en évidence une anémie macrocytaire (Hb = 8,3 g/dL, VGM = 106 fL) associée à un syndrome inflammatoire biologique (CRP = 38 mg/L). Ces anomalies ont conduit au séquençage par Sanger du gène UBA1, confirmant le diagnostic de syndrome VEXAS par la mutation p.Met41Leu. Une corticothérapie combinée à un traitement par sulfasalazine à 1 mg/jour a permis de contrôler les symptômes articulaires.


MRI of the sacroiliac joints in STIR sequence showing bilateral sacroiliitis characterised by increased signal intensity depicting bone marrow oedema in bilateral sacroiliac joints.

Deux autres cas de spondyloarthrite du sujet âgé associés au syndrome VEXAS ont été rapportés :

Homme de 57 ans habitant en France, présentant un tableau clinique similaire, incluant une polyarthrite périphérique, une sacro-iliite bilatérale, une positivité pour HLA-B27 et un syndrome inflammatoire biologique (2). Lors des premières manifestations inflammatoires à 57 ans en 2010, un traitement par anti-TNF alpha avait permis un bon contrôle initial des symptômes. Par la suite, il a développé une uvéite antérieure aiguë, des chondrites de l’oreille et du nez, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), et une dermatose neutrophilique. Plusieurs lignes thérapeutiques ont été tentées sans succès durable, incluant le méthotrexate, l’azathioprine, la cyclophosphamide, le baricitinib, l’infliximab, le tocilizumab, l’anakinra et l’ustekinumab. Finalement, un traitement combinant des immunoglobulines intraveineuses (2 g/kg toutes les 4 semaines) et le sécukinumab (300 mg toutes les 4 semaines) a montré une efficacité. Le diagnostic de syndrome VEXAS associé à la mutation Met41Thr a été posé rétrospectivement en 2020.

Homme de 74 ans d’origine caucasienne avec antécédent de thrombose veineuse des membres inférieurs récent, présentait des lombalgies inflammatoires avec une sacro-iliite bilatérale à l’IRM, une anémie macrocytaire (Hb = 8,8 g/dL et VGM = 101 fL), mais sans syndrome inflammatoire biologique significatif (3). Par la suite, il a développé une progression de l’anémie (Hb = 8,5 g/dL et VGM = 100 fL), un purpura des membres inférieurs, un érythème noueux et une chondrite de l’oreille. Le diagnostic de syndrome VEXAS associé à la mutation Met41Thr du gène UBA1 a été posé. Après l’échec de plusieurs traitements, notamment le tocilizumab compliqué d’une diverticulite abcédée, l’azacitidine à la dose standard de 75 mg/m²/jour a permis une réduction significative de la corticothérapie (de 40 mg/jour à 5 mg/jour) et une amélioration clinique des symptômes.

Les manifestations du syndrome VEXAS sont variées et encore mal définies. Il semble être un des nouveaux diagnostics différentiels à envisager en cas de spondyloarthrite du sujet âgé, notamment à partir de 50 ans vu l’âge de survenue du syndrome VEXAS et en particulier en présence d’un syndrome inflammatoire biologique, d’anomalies hématologiques avec anémie en particulier macrocytaire associées ou d’autres atteintes évocatrices comme une dermatose neutrophilique. Des antécédents atypiques ou l’apparition de nouveaux symptômes extra-rhumatologiques, tels que des thromboses veineuses, des dermatoses inflammatoires (notamment neutrophiliques), des chondrites ou des atteintes pulmonaires, doivent également orienter vers ce diagnostic. De plus, une résistance au traitement initial par AINS peut constituer un signal d’alerte, d’autant que les anomalies hématologiques associées au syndrome VEXAS peuvent apparaître secondairement.

REFERENCES

Jain H, Roy D, Mavidi S, Haldar S, Mondal S, Bhattacharya P, et al. Elderly Onset Spondyloarthropathy and VEXAS Syndrome: A Case Report. Mediterr J Rheumatol. 2024 Sep;35(3):490–3.

Magnol M, Couvaras L, Degboé Y, Delabesse E, Bulai-Livideanu C, Ruyssen-Witrand A, et al. VEXAS syndrome in a patient with previous spondyloarthritis with a favourable response to intravenous immunoglobulin and anti-IL17 therapy. Rheumatology (Oxford). 2021 Sep 1;60(9):e314–5.

Pereira da Costa R, Sapinho G, Bandeira M, Infante J, Marques T, Mimoso Santos C, et al. Case report: VEXAS syndrome: an atypical indolent presentation as sacroiliitis with molecular response to azacitidine. Front Immunol. 2024;15:1403808.



 
 
 

Premier auteur : Denizmen et al

Revue: Clinical nuclear medicine

Reference : DOI : 10.1097/RLU.0000000000005280

Observation :

Les auteurs rapportent le cas d’un homme de 43 ans d’origine turque, suivi pour une spondylarthrite ankylosante (SA) depuis l'âge de 16 ans.  Il avait ensuite développé une amylose AA sévère avec insuffisance rénale terminale puis bénéficié d’une transplantation rénale. Une scintigraphie 99m Tc PYP avait été demandés par ses cardiologues devant un aspect atypique sur une IRM cardiaque. Cette scintigraphie montrait une prise minime du99m Tc PYP cardiaque mais une accumulation diffuse du traceur dans la glande thyroïde (figure, panel A,B et C). Les images du PET-scanner ont révélé une augmentation de la prise de99m Tc PYP dans une glande thyroïde élargie de façon diffuse, contenant des régions avec une densité graisseuse sans accumulation de traceur (figure, panels D et E). Il n'y avait pas de prise de contraste gastrique indiquant la présence de technétium libre (figure, panels F et G). L'échographie de la thyroïde retrouvait une hypertrophie diffuse de la glande avec une échogénicité hétérogène, les zones les plus proches du transducteur présentant un aspect hyperéchogène. Une cytoponction thyroïdienne objectivait des dépôts éosinophiles homogènes dans la région périfolliculaire avec coloration rouge Congo positive et biréfringence vert pomme en lumière polarisée, confirmant l'amylose (figure, panels J et K). La fonction thyroïdienne était normale.

 

L’amylose AA est une complication rare des spondyloarthropathies dont la fréquence a été rapportée entre 1,1 % et 2,15 %.(1)


Le goitre amyloïde est une complication tardive de l’amylose AA principalement observée après une amylose rénale et peut provoquer un goitre à développement rapide, ce qui peut conduire à des symptômes cliniques de type dyspnée nécessitant parfois de la chirurgie de décompression.

 

Un travail réalisé  sur les goitres amyloïdes dans l'amylose AA secondaire à la fièvre méditerranéenne familiale a montré que les patients sont pour la plupart (75 %) euthyroïdiens, mais que l'on peut observer une modification des taux sériques d'hormones thyroïdiennes(2).


En conclusions : il s'agit du premier cas montrant la fixation en scintigraphie 99m Tc PYP SPECT/CT d’un goitre amyloïde chez un patient présentant une amylose AA secondaire à une spondylarthrite. Cet examen pourrait constituer un outil non invasif pour confirmer la nature amyloïde d’un goitre chez un patient avec une amylose AA déjà prouvée.

La figure de l'article


Références:

1. Papa R, Lachmann HJ. Secondary, AA, Amyloidosis. Rheumatic Disease Clinics of North America [Internet]. nov 2018 [cité 8 sept 2024];44(4):585‑603. Disponible sur: https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0889857X18300577

2. Vergneault H, Terré A, Buob D, Buffet C, Dumont A, Ardois S, et al. Amyloid Goiter in Familial Mediterranean Fever: Description of 42 Cases from a French Cohort and from Literature Review. JCM [Internet]. 5 mai 2021 [cité 8 sept 2024];10(9):1983. Disponible sur: https://www.mdpi.com/2077-0383/10/9/1983








 
 
 
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