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Journal : Seminars in Arthritis and Rheumatism

Premier auteur : Binta Savadogo

Pays de réalisation : France — revue systématique internationale de la littérature

Auteur(s) CEREMAIA Tenon : Sophie Georgin-Lavialle

Référence : Savadogo B, Fahed H, Sellam J, Georgin-Lavialle S, Fautrel B, Mitrovic S. AA amyloidosis in inflammatory joint diseases: A systematic review. Seminars in Arthritis and Rheumatism. 2025;74:152762.


Amylose AA dans les rhumatismes inflammatoires : revue systématique

5 points clés

  1. L’amylose AA peut survenir lorsque l’inflammation reste élevée pendant longtemps dans certaines maladies articulaires inflammatoires.

  2. Les reins sont souvent les organes les plus touchés, ce qui peut entraîner une perte de protéines dans les urines et une baisse de la fonction rénale.

  3. La revue suggère que la fréquence de l’amylose AA semble avoir diminué dans certaines maladies depuis l’arrivée des traitements plus efficaces.

  4. Les traitements qui contrôlent bien l’inflammation, notamment les biothérapies, peuvent améliorer certains marqueurs comme la protéine SAA et la fonction rénale.

  5. Les auteurs soulignent le manque de données récentes et la nécessité de mieux mesurer le poids actuel de cette complication.


Introduction

L’amylose AA est une complication de l’inflammation chronique. Elle correspond au dépôt anormal d’une protéine appelée amyloïde dans certains organes, en particulier les reins, mais aussi parfois le tube digestif, le foie ou le cœur. Elle peut compliquer des rhumatismes inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, les spondyloarthrites, le rhumatisme psoriasique ou l’arthrite juvénile idiopathique. Comme les traitements anti-inflammatoires modernes ont beaucoup progressé, les auteurs ont voulu savoir si cette complication était devenue moins fréquente.


Méthodes

Les auteurs ont réalisé une revue systématique de la littérature. Ils ont recherché, dans plusieurs bases de données médicales jusqu’en octobre 2024, les études décrivant des patients ayant une amylose AA confirmée par biopsie dans le contexte d’une maladie articulaire inflammatoire. Les études retenues devaient inclure au moins 10 patients et apporter des informations sur la fréquence, la mortalité ou l’évolution sous traitement.


Résultats

Au total, 33 études ont été incluses, représentant près de 14 000 patients atteints de rhumatismes inflammatoires. Les données étaient très hétérogènes et la plupart des études étaient anciennes, publiées avant 2010. Dans la polyarthrite rhumatoïde, la fréquence de l’amylose AA rapportée allait de 16,7 % à 25,2 % avant 2010, puis semblait diminuer à 0,7 % après 2010. Dans la spondylarthrite ankylosante, les fréquences rapportées étaient de 6,1 % à 8,5 % avant 2010, puis de 1,1 % à 1,3 % après 2010. Les traitements immunomodulateurs, en particulier les biothérapies, semblaient améliorer certains marqueurs de l’amylose AA.


Discussion

Ces résultats suggèrent que le meilleur contrôle de l’inflammation pourrait réduire le risque d’amylose AA ou améliorer son évolution. Cependant, les auteurs restent prudents, car les études disponibles sont anciennes, très différentes entre elles et ne permettent pas de conclure avec certitude. L’article rappelle aussi l’importance de surveiller l’inflammation chronique et la fonction rénale chez les patients atteints de rhumatismes inflammatoires.


Conclusion

L’amylose AA semble aujourd’hui moins fréquente qu’autrefois dans certaines maladies articulaires inflammatoires, probablement grâce aux traitements plus efficaces. Des études récentes, plus larges et mieux standardisées sont nécessaires pour mieux connaître le risque actuel et améliorer la prévention.


 
 
 

Premier auteur : Rim Bourguiba

Pays de réalisation : France et Tunisie

Auteur(s) CEREMAIA Tenon : Marion Delplanque, Catherine Grandpeix-Guyodo, Léa Savey, Sophie Georgin-Lavialle

Journal : Clinics and Research in Hepatology and Gastroenterology

Référence : Bourguiba R, Delplanque M, Grandpeix-Guyodo C, Boursier G, Savey L, Cuisset L, Georgin-Lavialle S. When to suspect monogenic autoinflammatory diseases in patients with digestive symptoms? Clinics and Research in Hepatology and Gastroenterology. 2026;50:102820.

DOI : https://doi.org/10.1016/j.clinre.2026.102820


Quand suspecter une maladie auto-inflammatoire monogénique devant des symptômes digestifs ?

5 points clés

  • Certaines maladies auto-inflammatoires rares peuvent provoquer des douleurs abdominales, des diarrhées, une inflammation digestive ou mimer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin.

  • La fièvre méditerranéenne familiale est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente et doit être évoquée en cas de douleurs abdominales inflammatoires répétées, surtout chez les personnes d’origine méditerranéenne.

  • Des signes associés comme fièvre récurrente, aphtes, éruptions cutanées, douleurs articulaires, anémie macrocytaire ou antécédents familiaux doivent faire rechercher une cause auto-inflammatoire.

  • Le diagnostic repose sur l’analyse clinique, les marqueurs d’inflammation, parfois le dosage de l’IL-18, et les tests génétiques adaptés.

  • Un diagnostic plus précoce permet d’éviter les errances diagnostiques, d’adapter les traitements et de prévenir certaines complications comme l’amylose AA.


Introduction:

Les maladies auto-inflammatoires systémiques sont des maladies rares liées à un dérèglement de l’immunité innée, c’est-à-dire la première ligne de défense de l’organisme. Elles peuvent provoquer des poussées d’inflammation avec fièvre, douleurs, atteintes de la peau, des articulations ou du tube digestif. Chez certains patients, les symptômes digestifs sont au premier plan et peuvent faire penser à une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, comme la maladie de Crohn.


Méthodes:

Cet article est une revue narrative de la littérature. Les auteurs présentent les principales maladies auto-inflammatoires monogéniques pouvant donner des symptômes digestifs et proposent des situations dans lesquelles les gastroentérologues doivent y penser.


Résultats:

Plusieurs maladies peuvent entraîner des douleurs abdominales, de la diarrhée, une colite, des ulcérations digestives ou une inflammation ressemblant à une maladie de Crohn. La fièvre méditerranéenne familiale est la plus fréquente, notamment chez les personnes d’origine méditerranéenne. D’autres maladies sont décrites, comme TRAPS, le déficit en mévalonate kinase, les cryopyrinopathies, le syndrome VEXAS, l’haploinsuffisance de A20, les maladies liées à RIPK1, RELA, NFKB1, JAK1, STAT, PSTPIP1, ADA2, LACC1, XIAP ou PLCG2. Certains signes doivent alerter : fièvre répétée, inflammation biologique inexpliquée, aphtes, éruptions cutanées, douleurs articulaires, antécédents familiaux, origine méditerranéenne, anémie macrocytaire ou résistance aux traitements habituels des maladies digestives inflammatoires.


Discussion

L’article insiste sur l’importance de ne pas attribuer trop vite tous les symptômes à une maladie digestive classique. Une maladie auto-inflammatoire peut mimer une maladie inflammatoire de l’intestin, y être associée, ou être révélée par des signes digestifs inhabituels. Les examens utiles peuvent inclure les marqueurs d’inflammation, l’endoscopie, certains biomarqueurs comme l’IL-18, et surtout des analyses génétiques adaptées, discutées avec des centres experts.


Conclusion

Devant des symptômes digestifs inflammatoires inexpliqués, récidivants ou résistants aux traitements habituels, il faut penser aux maladies auto-inflammatoires rares. Un diagnostic précoce permet une prise en charge plus adaptée, souvent avec des traitements ciblant l’inflammation, et peut prévenir des complications comme l’amylose AA.


 
 
 
Une mutation faux-sens de la protéine SAA1 responsable d’une amylose AA héréditaire

First author: Nelson Leung

Journal: Kidney International (2026), 110:255–259

Summary by Prof. Sophie Georgin-Lavialle and Dr Rim Bourguiba



Points clés

  • Description d’une forme familiale d’amylose AA liée à une mutation hétérozygote de SAA1.

  • Le tableau est inhabituel par l’absence de syndrome inflammatoire et des taux de SAA circulante normaux ou bas.

  • La mutation p.D34V augmente fortement la capacité de SAA1 à former des fibrilles amyloïdes.

  • Cette anomalie peut ne pas être détectée par le typage protéomique standard.

  • Une cause génétique doit être évoquée devant une amylose AA familiale ou sans cause inflammatoire évidente.


Résumé

Cet article rapporte une famille atteinte d’amylose AA héréditaire liée à une mutation de SAA1. Le cas index est un homme de 37 ans exploré pour une protéinurie importante, avec à la biopsie rénale des dépôts d’amylose AA. Le tableau ne correspondait cependant pas à une amylose AA “classique” : il n’y avait ni syndrome inflammatoire, ni élévation de la CRP, et le taux de SAA circulante était inférieur au seuil de détection. L’histoire familiale était très évocatrice, avec plusieurs apparentés atteints d’amylose rénale ou systémique et des décès précoces, ce qui orientait vers une transmission autosomique dominante.


Le séquençage de l’exome a mis en évidence chez les sujets atteints une mutation faux-sens hétérozygote du gène SAA1, c.101A>T, responsable de la substitution p.D34V. Cette variation n’était pas retrouvée chez le père non atteint et n’était pas présente dans les bases de données populationnelles. Les analyses génétiques antérieures à la recherche d’une maladie auto-inflammatoire étaient négatives. Les auteurs insistent sur le fait que cette anomalie se situe dans une région génomique qui peut être masquée dans certaines analyses standard, avec un risque de méconnaître le diagnostic.


Le travail est aussi intéressant sur le plan méthodologique. En spectrométrie de masse conventionnelle, les dépôts étaient typés comme amylose AA avec prédominance de SAA1, mais sans mise en évidence de la protéine mutée. En fait, la substitution D34V est située entre deux sites de clivage trypsiques, ce qui rend le peptide muté difficilement détectable par la technique habituelle. L’utilisation d’une digestion alternative par Asp-N a permis d’identifier le peptide muté dans les dépôts amyloïdes. Surtout, les dépôts contenaient préférentiellement la forme mutée de SAA1, ce qui suggère qu’elle s’agrège beaucoup plus facilement que la protéine sauvage.

Les analyses structurales et fonctionnelles vont dans le même sens. La mutation remplace un acide aspartique chargé négativement par une valine hydrophobe dans une région importante pour la fibrillogenèse. Cette modification déstabilise la structure native de SAA1 et favorise sa transformation en fibrilles amyloïdes. Les expériences réalisées sur peptides synthétiques montrent une augmentation nette de l’agrégation du peptide muté, avec signal Thioflavine T plus élevé et présence en microscopie électronique de nombreuses fibrilles, alors que le peptide sauvage s’agrège peu dans les mêmes conditions.


Au total, ce travail décrit une nouvelle cause d’amylose AA héréditaire, indépendante d’un état inflammatoire chronique et liée à l’amyloïdogénicité intrinsèque d’une protéine SAA1 mutée. En pratique, le message est important : devant une amylose AA sans cause inflammatoire évidente, en particulier chez un sujet jeune ou en cas d’antécédents familiaux, il faut envisager une origine génétique et bien étudie le gène SAA1. Cette observation pose aussi la question de la prise en charge, car dans ce contexte les traitements habituels de l’amylose AA visant à réduire la production de SAA comme les anti IL6 risquent d’être d’efficacité limitée.

 

 

 
 
 
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