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La Mer Méditerranée
  • Premier auteur : Nigar Aliyeva

  • Titre en français :

  • Revue : Rheumatology

  • Référence : Rheumatology (Oxford). DOI: 10.1093/rheumatology/keag169

  • Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41936095/

  • Article résumé par : Dr. Catherine Grandpeix-Guyodo


Points clés: Syndrome pré-menstruel et activité inflammatoire chez les adolescentes ayant une Fièvre Méditerranéenne Familiale

  1. Le syndrome pré-menstruel (SPM) est moins fréquent chez les patientes FMF sous colchicine que chez les contrôles sains.

  2. La présence d’un SPM chez les patientes FMF est associée à une maladie plus active, à de l’inflammation sanguine et à une mauvaise compliance thérapeutique. L’intensité du SPM semble proportionnelle au taux d’inflammation.

  3. La colchicine pourrait prévenir la survenue d’un SPM en diminuant l’inflammation, ce qui expliquerait la fréquence moindre de SPM chez les patientes FMF traitées par colchicine que dans la population contrôle.


Introduction

Le syndrome pré-menstruel (SPM) est lié à des fluctuations hormonales, mais des mécanismes immunologiques et inflammatoires semblent contribuer à l’expression des symptômes. Des fluctuations cytokiniques au cours du cycle menstruel et l’activation directe de l’inflammasome pyrine par des catabolites des stéroïdes sont en faveur d’un lien direct entre la physiologie de la reproduction et les voies de l’inflammation.

Mais il existe peu de données cliniques sur le SPM chez les adolescentes ayant une fièvre méditerranéenne familiale (FMF), ou encore le lien avec l’activité de la maladie ou la compliance au traitement par colchicine.


Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude prospective monocentrique turque comparant des adolescentes entre 12 et 18 ans avec et sans FMF en se focalisant sur le SPM. La ménarche devait avoir eu lieu au moins 6 mois avant, les cycles devaient être réguliers et les saignements durer moins de 7 jours. Les patientes FMF devaient avoir 2 variants pathogènes de MEFV. Le score d’activité de la maladie (AIDAI), le nombre de crises par mois (1 versus plusieurs) et les marqueurs biologiques d’inflammation étaient collectés ainsi qu’une évaluation du score de SPM (PMSS).


Résultats

L’âge moyen dans les 2 groupes était de 16 ans. La taille moyenne était significativement plus petite dans le groupe FMF alors que le poids ne différait pas. La moitié des patientes FMF n’avait pas eu de poussée dans les 6 mois précédents. Parmi 40 adolescentes ayant une FMF et traitées par colchicine, seuls 45 % avaient un SPM alors que parmi les 40 contrôles, 75 % avaient un SPM. La différence de prévalence de dysménorrhée n’était pas statistiquement significative entre les 2 groupes, par contre des menstruations plus longues et des saignements plus importants étaient notés chez les patientes FMF (p<0,05). Le SPM était plus fréquent et plus sévère dans le groupe contrôle par rapport aux patientes FMF.

Chez les patientes ayant une FMF, celles ayant un SPM avaient un score AIDAI plus élevé et des poussées de FMF plus nombreuses. De même, les marqueurs d’inflammation sanguine étaient plus élevés dans ce groupe. Une corrélation nette était notée entre la fréquence des poussées de FMF et l’intensité du SPM.

Il existait également une association entre la fréquence des SPM et une mauvaise compliance au traitement par colchicine.


Discussion

Le SPM semble moins fréquent chez les FMF mais les symptômes du SPM augmentent avec l’inflammation. Ceci invite à penser que la colchicine en modulant l’inflammation pourrait diminuer les symptômes hormonaux et ainsi diminuer la fréquence du SPM. Le SPM est d’ailleurs plus fréquent chez les patientes FMF qui ont une mauvaise compliance thérapeutique à la colchicine.

Il a été montré qu’en phase menstruelle, la baisse d’oestrogènes et l’augmentation de l’IL6 majorent l’inflammation. Ceci est corroboré par la fréquence des poussées de FMF déclenchées par les menstruations. La colchicine pourrait ainsi atténuer les fluctuations inflammatoires et moduler le SPM.

Quant à la fréquence plus élevée de saignements importants lors des règles chez les FMF, une hypothèse est l’utilisation répétée d’anti-inflammatoires.

Cette étude a bien sûr des faiblesses du fait de la petite taille de la cohorte et du caractère monocentrique.


Conclusion

Le SPM est moins fréquent chez les patientes FMF sous colchicine que chez les contrôles sains. La présence d’un SPM chez les patientes FMF est associée à une maladie plus active, à de l’inflammation sanguine et à une mauvaise compliance thérapeutique. La colchicine pourrait prévenir la survenue d’un SPM en diminuant l’inflammation, ce qui pourrait expliquer la moindre fréquence de SPM par rapport à la population contrôle.

 
 
 

Titre en français : Prenons-nous suffisamment en considération la présence de facteurs déclenchants dans l’évaluation des patients atteints de FMF ? Les facteurs déclenchants sont très fréquents chez les patients résistants à la colchicine.

Premier auteur : Bayram Farisogullari

Revue : Internal and Emergency Medicine


La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF)






















Introduction :

L'objectif de cette étude était d'étudier la fréquence des facteurs déclenchants chez les patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) résistants à la colchicine et chez les patients répondeurs à la colchicine, puis de s’intéresser à l'impact des traitements par antagonistes de l’interleukine‑1 (IL‑1) sur les facteurs déclenchants chez les patients résistants à la colchicine.


Patients et méthodes :

Les patients FMF résistants à la colchicine (traités par antagoniste de l'IL‑1) et les patients répondeurs à la colchicine (traités par colchicine et ayant eu ≤ 3 crises au cours de l'année écoulée) ont été interrogés sur la présence de 12 facteurs déclenchants différents : exposition au froid, stress émotionnel, fatigue, activité physique intense, menstruations (pour les femmes), manque de sommeil, station debout prolongée, voyages de longue durée, alimentation riche en graisses, jeûne prolongé, infections et traumatismes. Les patients résistants à la colchicine ont été interrogés pour deux périodes, avant et après le traitement par antagonistes de l'IL‑1.


Résultats :

Un total de 63 patients a été étudié, dont 28 résistants à la colchicine (19 sous anakinra et 9 sous canakinumab) et 35 répondeurs à la colchicine. La moitié seulement présentaient deux mutations pathogènes de l’exon 10 du gène MEFV (cf. tableau 1). Globalement, 77,8 % des patients avaient au moins un facteur déclenchant et le nombre moyen était de 2,6. Les principaux facteurs déclenchants, par ordre décroissant, étaient le stress émotionnel, les menstruations, l’exposition au froid, la station debout prolongée et les longs trajets. Les facteurs déclenchants étaient à l’origine d’environ un tiers des crises et 57,1 % des patients déclaraient utiliser des mesures d’évitement. La fréquence des facteurs déclenchants était plus élevée chez les résistants à la colchicine que chez les répondeurs (89,3 % vs 68,6 % ; p = 0,04). Chez les résistants à la colchicine, la fréquence des facteurs déclenchants passait de 89,3 % à 32,1 % sous anti‑IL‑1, et la proportion de crises initiées par un facteur déclenchant de 27,8 % à 14,4 % (p < 0,001) (cf. tableau 2).


Discussion :

Les facteurs déclenchants étaient plus fréquents chez les patients résistants à la colchicine que chez les répondeurs. Le traitement par antagonistes de l’IL‑1 semblait réduire le nombre de facteurs déclenchants ainsi que la part des crises induites par ces facteurs.


Conclusion :

Les facteurs déclenchants sont fréquents dans la FMF et doivent être recherchés, notamment en cas d’apparition d’une résistance à la colchicine. Les anti‑IL‑1 diminuent leur impact et peuvent être utiles au long cours ou en prévention lors d’expositions prévisibles.


Figure 01
Figure 02

 
 
 

Titre de l'article: Risque accru de rhumatisme psoriasique chez les patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale : étude de cohorte en population générale

Premier auteur: Amir Haddad

Revue: Rheumatology (Oxford)

Auteur du résumé: Dr Rim Bourguiba


FMF et rhumatisme psoriasique : un risque plus élevé qu’attendu

Résumé

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde. Elle est associée à des mutations du gène MEFV et caractérisée par une activation excessive de la voie de l’interleukine 1 (IL-1)β. Le rhumatisme psoriasique (PsA) est une maladie inflammatoire chronique appartenant au spectre des spondyloarthrites, dont la physiopathologie implique notamment les voies IL-23/IL-17 et les lymphocytes Th17. Les données concernant l’association entre FMF et PsA restaient jusqu’ici limitées.


Cette étude de cohorte rétrospective en population générale a été menée à partir de la base de données du principal organisme d’assurance santé israélien (Clalit Health Services), couvrant environ 4,9 millions d’individus, entre 2010 et 2023. Les auteurs ont identifié 9 736 adultes atteints de FMF traités par colchicine, sans antécédent de PsA, appariés sur l’âge et le sexe à 97 360 témoins non FMF. Les participants ont été suivis jusqu’à la survenue d’un PsA, le décès ou la fin de la période d’étude.

L’incidence du PsA était significativement plus élevée chez les patients FMF que chez les témoins (3,26 vs 0,9 pour 1 000 personnes-années). Après ajustement sur les facteurs démographiques et les comorbidités, la FMF était associée à un risque multiplié par plus de trois de développer un PsA (HR 3,52 ; IC95 % 2,48–5,0). Les autres facteurs indépendamment associés au PsA chez les patients FMF étaient l’âge, le tabagisme et un niveau socio-économique élevé. La présence d’un psoriasis était, comme attendu, le facteur prédictif majeur.


Les caractéristiques cliniques et les stratégies thérapeutiques du PsA étaient globalement similaires chez les patients avec ou sans FMF, à l’exception d’un recours plus fréquent aux DMARDs synthétiques ciblés chez les patients FMF-PsA.


Ces résultats suggèrent une susceptibilité accrue au PsA chez les patients FMF, possiblement liée à des mécanismes immunopathologiques communs impliquant l’IL-1β et l’activation Th17. Ils soulignent la nécessité d’une vigilance clinique accrue vis-à-vis des manifestations articulaires inflammatoires chez les patients FMF.


Ce travail incite, en pratique, à dépister activement des symptômes évocateurs de rhumatisme psoriasique (douleurs articulaires persistantes, enthésites, dactylites) chez les patients atteints de FMF, en particulier en cas de psoriasis ou de facteurs de risque associés.

 
 
 
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