top of page

Titre de l'article: Risque accru de rhumatisme psoriasique chez les patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale : étude de cohorte en population générale

Premier auteur: Amir Haddad

Revue: Rheumatology (Oxford)

Auteur du résumé: Dr Rim Bourguiba


FMF et rhumatisme psoriasique : un risque plus élevé qu’attendu

Résumé

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde. Elle est associée à des mutations du gène MEFV et caractérisée par une activation excessive de la voie de l’interleukine 1 (IL-1)β. Le rhumatisme psoriasique (PsA) est une maladie inflammatoire chronique appartenant au spectre des spondyloarthrites, dont la physiopathologie implique notamment les voies IL-23/IL-17 et les lymphocytes Th17. Les données concernant l’association entre FMF et PsA restaient jusqu’ici limitées.


Cette étude de cohorte rétrospective en population générale a été menée à partir de la base de données du principal organisme d’assurance santé israélien (Clalit Health Services), couvrant environ 4,9 millions d’individus, entre 2010 et 2023. Les auteurs ont identifié 9 736 adultes atteints de FMF traités par colchicine, sans antécédent de PsA, appariés sur l’âge et le sexe à 97 360 témoins non FMF. Les participants ont été suivis jusqu’à la survenue d’un PsA, le décès ou la fin de la période d’étude.

L’incidence du PsA était significativement plus élevée chez les patients FMF que chez les témoins (3,26 vs 0,9 pour 1 000 personnes-années). Après ajustement sur les facteurs démographiques et les comorbidités, la FMF était associée à un risque multiplié par plus de trois de développer un PsA (HR 3,52 ; IC95 % 2,48–5,0). Les autres facteurs indépendamment associés au PsA chez les patients FMF étaient l’âge, le tabagisme et un niveau socio-économique élevé. La présence d’un psoriasis était, comme attendu, le facteur prédictif majeur.


Les caractéristiques cliniques et les stratégies thérapeutiques du PsA étaient globalement similaires chez les patients avec ou sans FMF, à l’exception d’un recours plus fréquent aux DMARDs synthétiques ciblés chez les patients FMF-PsA.


Ces résultats suggèrent une susceptibilité accrue au PsA chez les patients FMF, possiblement liée à des mécanismes immunopathologiques communs impliquant l’IL-1β et l’activation Th17. Ils soulignent la nécessité d’une vigilance clinique accrue vis-à-vis des manifestations articulaires inflammatoires chez les patients FMF.


Ce travail incite, en pratique, à dépister activement des symptômes évocateurs de rhumatisme psoriasique (douleurs articulaires persistantes, enthésites, dactylites) chez les patients atteints de FMF, en particulier en cas de psoriasis ou de facteurs de risque associés.

 
 
 

Titre de l'article: Etude du rapport entre la sévérité de la fièvre méditerranéenne familiale et le suivi d’un régime méditerranéen

Premier auteur: R. Hammoud

Revue: Pediatric Rheumatology

Auteur du résumé: Dr Catherine Grandpeix-Guyodo


Etude du rapport entre la sévérité de la fièvre méditerranéenne familiale et le suivi d’un régime méditerranéen

Introduction :

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire la plus fréquente au monde. Elle est associée à des variants pathogènes classiquement dans l’exon 10 du gène MEFV. L’expressivité variable de cette pathologie est associée au type de variant de MEFV (M694V particulièrement) mais des facteurs épigénétiques et environnementaux interviennent probablement aussi. Des études avaient suggéré que la nourriture riche en graisse et en sel pouvait favoriser les symptômes de FMF alors qu’une alimentation riche en anti-oxydants et vitamines améliorerait l’inflammation et la qualité de vie. Le régime méditerranéen qui est recommandé dans la prévention d’autres pathologies pourrait ainsi être intéressant dans la FMF.


Cette étude visait à explorer la relation entre l’adhésion au régime méditerranéen (RM) et la sévérité de la Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) dans une cohorte libanaise. Elle prenait également en compte l’influence du contexte génétique, du mode de vie et des comorbidités sur la sévérité de la FMF.


Patients et méthodes:

Il s’agissait d’une étude transversale basée sur un questionnaire, menée auprès de 101 patients atteints de FMF confirmée, au Liban, entre janvier 2023 et janvier 2024.Les patients devaient avoir entre 18-65 ans et être atteints de FMF. Les informations ont été collectées à l’aide d’un questionnaire structuré portant sur les données démographiques, le statut socio-économique, les manifestations de la maladie, les comorbidités, les traitements et les habitudes de vie. Le questionnaire a été testé au préalable et proposé en arabe ou en anglais.


La sévérité de la FMF, l’adhérence au régime méditerranéen et l’activité physique étaient évalués par des scores.


Résultats: 101 patients dont 58% de femmes ont été étudiés avec un âge moyen de 35,7 ans, et 55% de patients fumeurs. Aucune différence socio-démographique significative n’était observée en fonction des différents niveaux de suivi du régime méditerranéen.


Le génotype n’était disponible que pour 51/101 patients dont 17,6 % d’homozygotes M694V, 64,6% d’homozygotes autres et hétérozygotes composites.


L’étude du régime alimentaires des patients montrait un suivi faible dans 34%, moyen dans 48% et bon dans 19%. La consommation de poissons, fruits et légumes étaient en dessous des recommandations d’une manière générale, alors que les consommations de céréales, pâtisseries et viandes rouges étaient trop importantes.


La seule différence significative observée en fonction du suivi du régime méditerranéen était la diarrhée qui était rapportée presque 2 fois plus souvent lorsque le régime était peu suivi. Les autres symptômes, la fréquence des crises et la sévérité de la FMF n’étaient pas significativement différents.


L’obésité, la présence de comorbidités (rhumatologiques, MICI, cardio-vasculaires) étaient significativement associées aux formes plus sévères de FMF.


Les patients atteints de FMF sévère avaient une durée de tabagisme plus longue et consommaient davantage de cigarettes par jour. Une activité physique élevée était plus fréquente dans les formes sévères (73 %), tandis qu’une activité modérée prédominait dans les formes légères (82 %) et intermédiaires (88 %).


**Discussion** :


Il est noté un effet potentiellement bénéfique du régime méditerranéen sur le tube digestif puisqu’il y a moins de diarrhée chez les patients suivant ce régime. Ceci correspond aux effets attendus sur la muqueuse digestive, le microbiote et la diminution de sécrétion d’interleukines pro-inflammatoires.


On ne note cependant pas d’association significative entre la sévérité de la FMF et le suivi du régime méditerranéen.


Le lien entre les formes plus sévères de FMF et l’activité physique intense est à prendre en compte : il convient de recommander une activité physique adaptée pour ne pas créer un stress mécanique qui pourrait générer des poussées.


Les limites de cette étude sont la taille de la cohorte et le caractère particulier de cette cohorte avec en moyenne un suivi plus faible du régime méditerranéen que celui attendu.


En conclusion


Cette étude, la première menée au Liban sur ce sujet, ne met pas en évidence d’association directe entre l’adhésion au régime méditerranéen et la sévérité de la FMF, mais suggère un effet protecteur potentiel du régime méditerranéen vis-à-vis de la diarrhée liée à la FMF. Elle souligne la forte prévalence d’une faible adhésion à ce régime et le non-respect des recommandations nutritionnelles pour la plupart de ses composantes. Le caractère multifactoriel de la FMF plaide pour une prise en charge globale intégrant des stratégies diététiques et de mode de vie ciblées en complément des traitements, avec une approche de nutrition personnalisée et d’interventions comportementales visant à améliorer le pronostic et la qualité de vie des patients.

 
 
 

Premier auteur : Ozen S

Revue: Annals of the Rheumatic Diseases

Référence: Ann Rheum Dis. 2025 Apr 9:S0003-4967(25)00084-6

Lien vers pubmed: EULAR/PReS endorsed recommendations for the management of familial Mediterranean fever (FMF): 2024 update - PubMed

Recommandations approuvées par l’EULAR et la PReS pour la FMF

Résumé des recommandations européennes 2024 sur la FMF:


La fièvre méditerranéenne familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au Monde. Elle nécessite une prise en charge spécialisée, compte tenu de la variabilité clinique et génétique de la maladie. En 2024, les sociétés EULAR et PReS ont actualisé leurs recommandations.

Principes généraux :

  1. La FMF requiert une expertise pour le diagnostic et la prise en charge.

  2. L’objectif est un contrôle total de l’inflammation, même infraclinique, afin d’éviter les complications comme l’amylose AA.

  3. La maladie nécessite un traitement à vie, avec une observance stricte, centrée sur la prise quotidienne de colchicine.

  4. L’approche doit être centrée sur le patient et doit viser à préserver sa qualité de vie.

Recommandations clés :

  • Le traitement par colchicine doit débuter dès le diagnostic clinique.

  • La posologie doit être adaptée à la tolérance et à l’observance (prise unique ou fractionnée).

  • En cas de persistance des symptômes ou d’inflammation infraclinique, il faut augmenter la dose dans les limites recommandées (max. 2 mg/j chez l’enfant, 3 mg/j chez l’adulte).

  • Si la colchicine est insuffisante malgré une bonne observance, un traitement ciblant l’interleukine-1 est recommandé (anakinra, canakinumab).

  • Les atteintes musculo-squelettiques chroniques peuvent nécessiter d'autres traitements (DMARDs, biologiques).

  • Une surveillance régulière (clinique, biologique, toxicité, observance) est essentielle.

  • La colchicine doit être poursuivie pendant la grossesse et l’allaitement.

  • En cas de crise, continuer la colchicine à la même dose et ajouter un traitement symptomatique (AINS par exemple).

  • Un ensemble minimal de critères d’évaluation est proposé : fréquence des crises, qualité de vie, marqueurs biologiques (CRP, SAA).


Enfin, des indicateurs de qualité, des priorités cliniques (notamment l’observance) et des stratégies de mise en œuvre sont proposés pour harmoniser les pratiques.



 
 
 
bottom of page