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Premier auteur : Rim Bourguiba

Pays de réalisation : France et Tunisie

Auteur(s) CEREMAIA Tenon : Marion Delplanque, Catherine Grandpeix-Guyodo, Léa Savey, Sophie Georgin-Lavialle

Journal : Clinics and Research in Hepatology and Gastroenterology

Référence : Bourguiba R, Delplanque M, Grandpeix-Guyodo C, Boursier G, Savey L, Cuisset L, Georgin-Lavialle S. When to suspect monogenic autoinflammatory diseases in patients with digestive symptoms? Clinics and Research in Hepatology and Gastroenterology. 2026;50:102820.

DOI : https://doi.org/10.1016/j.clinre.2026.102820


Quand suspecter une maladie auto-inflammatoire monogénique devant des symptômes digestifs ?

5 points clés

  • Certaines maladies auto-inflammatoires rares peuvent provoquer des douleurs abdominales, des diarrhées, une inflammation digestive ou mimer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin.

  • La fièvre méditerranéenne familiale est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente et doit être évoquée en cas de douleurs abdominales inflammatoires répétées, surtout chez les personnes d’origine méditerranéenne.

  • Des signes associés comme fièvre récurrente, aphtes, éruptions cutanées, douleurs articulaires, anémie macrocytaire ou antécédents familiaux doivent faire rechercher une cause auto-inflammatoire.

  • Le diagnostic repose sur l’analyse clinique, les marqueurs d’inflammation, parfois le dosage de l’IL-18, et les tests génétiques adaptés.

  • Un diagnostic plus précoce permet d’éviter les errances diagnostiques, d’adapter les traitements et de prévenir certaines complications comme l’amylose AA.


Introduction:

Les maladies auto-inflammatoires systémiques sont des maladies rares liées à un dérèglement de l’immunité innée, c’est-à-dire la première ligne de défense de l’organisme. Elles peuvent provoquer des poussées d’inflammation avec fièvre, douleurs, atteintes de la peau, des articulations ou du tube digestif. Chez certains patients, les symptômes digestifs sont au premier plan et peuvent faire penser à une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, comme la maladie de Crohn.


Méthodes:

Cet article est une revue narrative de la littérature. Les auteurs présentent les principales maladies auto-inflammatoires monogéniques pouvant donner des symptômes digestifs et proposent des situations dans lesquelles les gastroentérologues doivent y penser.


Résultats:

Plusieurs maladies peuvent entraîner des douleurs abdominales, de la diarrhée, une colite, des ulcérations digestives ou une inflammation ressemblant à une maladie de Crohn. La fièvre méditerranéenne familiale est la plus fréquente, notamment chez les personnes d’origine méditerranéenne. D’autres maladies sont décrites, comme TRAPS, le déficit en mévalonate kinase, les cryopyrinopathies, le syndrome VEXAS, l’haploinsuffisance de A20, les maladies liées à RIPK1, RELA, NFKB1, JAK1, STAT, PSTPIP1, ADA2, LACC1, XIAP ou PLCG2. Certains signes doivent alerter : fièvre répétée, inflammation biologique inexpliquée, aphtes, éruptions cutanées, douleurs articulaires, antécédents familiaux, origine méditerranéenne, anémie macrocytaire ou résistance aux traitements habituels des maladies digestives inflammatoires.


Discussion

L’article insiste sur l’importance de ne pas attribuer trop vite tous les symptômes à une maladie digestive classique. Une maladie auto-inflammatoire peut mimer une maladie inflammatoire de l’intestin, y être associée, ou être révélée par des signes digestifs inhabituels. Les examens utiles peuvent inclure les marqueurs d’inflammation, l’endoscopie, certains biomarqueurs comme l’IL-18, et surtout des analyses génétiques adaptées, discutées avec des centres experts.


Conclusion

Devant des symptômes digestifs inflammatoires inexpliqués, récidivants ou résistants aux traitements habituels, il faut penser aux maladies auto-inflammatoires rares. Un diagnostic précoce permet une prise en charge plus adaptée, souvent avec des traitements ciblant l’inflammation, et peut prévenir des complications comme l’amylose AA.


 
 
 
  • Premier auteur : Amit Druyan1

  • Revue : Rheumatology

  • Référence : Rheumatology (Oxford). 2026;65:keag160

  • Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42024667/

  • Article résumé par : Dr. Catherine Grandpeix-Guyodo

Evaluation de l’efficacité des inhibiteurs d’interleukine 1 sur les douleurs de jambes à l’orthostatisme des patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF)

Points clés :

-    Les douleurs de jambes à l’orthostatisme sont une plainte fréquente des patients atteints de FMF avec des phénotypes sévères.

-    Ces douleurs des membres inférieurs ont un impact sur la qualité de vie

-    Les inhibiteurs d’interleukine 1 semblent efficace chez au moins la moitié des patients

 

Introduction : 

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au Monde. Elle est associée à des mutations du gène MEFV. La présentation classique associe des crises fébriles et des sérites. Fréquemment, les patients se plaignent également de douleurs de jambes typiquement déclenchées par la marche ou la station debout prolongée, persistantes pendant plusieurs heures malgré le repos et souvent associées à des gonflements voire une rougeur. Ce symptôme répond moins bien à la colchicine, comparativement aux autres symptômes, et est associé à des phénotypes sévères de FMF, une inflammation persistante, le génotype M694V homozygote de MEFV et un risque accru d’amylose.

Cette étude s’est intéressée à l’évaluation de l’efficacité des anti-interleukine 1 (anti-IL1) dans ces douleurs de jambes au cours de la FMF.

 

Patients et méthodes :

Cette étude rétrospective monocentrique turque s’est intéressée aux patients adultes FMF résistants à la colchicine, traités par anti-IL1 depuis au moins 3 mois et par de la colchicine à la dose maximale tolérée, et présentant des douleurs de jambes qui existaient déjà avant le début des anti-IL1. Le groupe contrôle était constitué d’une cohorte historique de patients FMF avec douleurs de jambes et n’ayant pas reçu d’anti-IL1.

Les variables étudiées étaient les données démographiques, la présence du variant M694V à l’état homozygote, les douleurs de jambes et la qualité de vie.


Résultats :

Un total de 27 patients sous anti-IL1 au long cours ayant des douleurs de jambes (23 canakinumab, 4 Anakinra) a pu être comparé aux 99 patients de la cohorte historique.

Ces patients étaient plus sévères avec des crises plus nombreuses avant l’utilisation des anti-IL1 (50/an), un génotype de MEFV M694V homozygote dans 55% des cas, des arthrites des membres inférieurs pendant les poussées de FMF chez 85% des patients, une posologie moyenne de colchicine plus élevée (2,6 mg/j en moyenne) et 11% d’amyloses AA.

Les douleurs de jambes étaient bilatérales, provoquées par la station debout prolongée ou la marche et étaient résolutives après plusieurs heures de repos allongé.

L’effet du traitement anti-IL1 sur la FMF chez ces patients a été une diminution de la fréquence des crises à 9/an en moyenne et une normalisation de la CRP inter-critique chez 50% des patients. Une amélioration des douleurs de jambes était notée chez 52% des patients. Un lien entre la qualité de vie et la présence de douleurs des jambes était noté uniquement chez les patients sous anti-IL1, reflet probable du fait qu’il était masquées par les crises inflammatoires auparavant.


Discussion :

Une amélioration des douleurs de jambes n’a été notée que chez 50% des patients mais les patients étudiés avaient des formes particulièrement sévères de FMF.

Dans la littérature, des études dans lesquelles des IRM étaient réalisées montraient des signes de spondylarthropathies ou d’enthésites occultes chez les patients présentant des douleurs de jambes. Or les médiateurs de ces pathologies sont le TNF⍺ et l’IL17, plus que l’IL1, ce qui pourrait expliquer l’inefficacité chez certains.

Cette étude montrait également de manière intéressante que la suppression des crises de FMF mettait en évidence un lien direct entre la qualité de vie et les douleurs de jambes à la station debout.

Cette étude avait des limites qui étaient son caractère rétrospectif, la petite taille de la cohorte, et le manque de certaines données.

Rappelons que le canakinumab est un produit très couteux qui ne doit pas être prescrit en première intention.

 

 
 
 
La Mer Méditerranée
  • Premier auteur : Nigar Aliyeva

  • Titre en français :

  • Revue : Rheumatology

  • Référence : Rheumatology (Oxford). DOI: 10.1093/rheumatology/keag169

  • Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41936095/

  • Article résumé par : Dr. Catherine Grandpeix-Guyodo


Points clés: Syndrome pré-menstruel et activité inflammatoire chez les adolescentes ayant une Fièvre Méditerranéenne Familiale

  1. Le syndrome pré-menstruel (SPM) est moins fréquent chez les patientes FMF sous colchicine que chez les contrôles sains.

  2. La présence d’un SPM chez les patientes FMF est associée à une maladie plus active, à de l’inflammation sanguine et à une mauvaise compliance thérapeutique. L’intensité du SPM semble proportionnelle au taux d’inflammation.

  3. La colchicine pourrait prévenir la survenue d’un SPM en diminuant l’inflammation, ce qui expliquerait la fréquence moindre de SPM chez les patientes FMF traitées par colchicine que dans la population contrôle.


Introduction

Le syndrome pré-menstruel (SPM) est lié à des fluctuations hormonales, mais des mécanismes immunologiques et inflammatoires semblent contribuer à l’expression des symptômes. Des fluctuations cytokiniques au cours du cycle menstruel et l’activation directe de l’inflammasome pyrine par des catabolites des stéroïdes sont en faveur d’un lien direct entre la physiologie de la reproduction et les voies de l’inflammation.

Mais il existe peu de données cliniques sur le SPM chez les adolescentes ayant une fièvre méditerranéenne familiale (FMF), ou encore le lien avec l’activité de la maladie ou la compliance au traitement par colchicine.


Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude prospective monocentrique turque comparant des adolescentes entre 12 et 18 ans avec et sans FMF en se focalisant sur le SPM. La ménarche devait avoir eu lieu au moins 6 mois avant, les cycles devaient être réguliers et les saignements durer moins de 7 jours. Les patientes FMF devaient avoir 2 variants pathogènes de MEFV. Le score d’activité de la maladie (AIDAI), le nombre de crises par mois (1 versus plusieurs) et les marqueurs biologiques d’inflammation étaient collectés ainsi qu’une évaluation du score de SPM (PMSS).


Résultats

L’âge moyen dans les 2 groupes était de 16 ans. La taille moyenne était significativement plus petite dans le groupe FMF alors que le poids ne différait pas. La moitié des patientes FMF n’avait pas eu de poussée dans les 6 mois précédents. Parmi 40 adolescentes ayant une FMF et traitées par colchicine, seuls 45 % avaient un SPM alors que parmi les 40 contrôles, 75 % avaient un SPM. La différence de prévalence de dysménorrhée n’était pas statistiquement significative entre les 2 groupes, par contre des menstruations plus longues et des saignements plus importants étaient notés chez les patientes FMF (p<0,05). Le SPM était plus fréquent et plus sévère dans le groupe contrôle par rapport aux patientes FMF.

Chez les patientes ayant une FMF, celles ayant un SPM avaient un score AIDAI plus élevé et des poussées de FMF plus nombreuses. De même, les marqueurs d’inflammation sanguine étaient plus élevés dans ce groupe. Une corrélation nette était notée entre la fréquence des poussées de FMF et l’intensité du SPM.

Il existait également une association entre la fréquence des SPM et une mauvaise compliance au traitement par colchicine.


Discussion

Le SPM semble moins fréquent chez les FMF mais les symptômes du SPM augmentent avec l’inflammation. Ceci invite à penser que la colchicine en modulant l’inflammation pourrait diminuer les symptômes hormonaux et ainsi diminuer la fréquence du SPM. Le SPM est d’ailleurs plus fréquent chez les patientes FMF qui ont une mauvaise compliance thérapeutique à la colchicine.

Il a été montré qu’en phase menstruelle, la baisse d’oestrogènes et l’augmentation de l’IL6 majorent l’inflammation. Ceci est corroboré par la fréquence des poussées de FMF déclenchées par les menstruations. La colchicine pourrait ainsi atténuer les fluctuations inflammatoires et moduler le SPM.

Quant à la fréquence plus élevée de saignements importants lors des règles chez les FMF, une hypothèse est l’utilisation répétée d’anti-inflammatoires.

Cette étude a bien sûr des faiblesses du fait de la petite taille de la cohorte et du caractère monocentrique.


Conclusion

Le SPM est moins fréquent chez les patientes FMF sous colchicine que chez les contrôles sains. La présence d’un SPM chez les patientes FMF est associée à une maladie plus active, à de l’inflammation sanguine et à une mauvaise compliance thérapeutique. La colchicine pourrait prévenir la survenue d’un SPM en diminuant l’inflammation, ce qui pourrait expliquer la moindre fréquence de SPM par rapport à la population contrôle.

 
 
 
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