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Titre en français : Manifestations non-canoniques de FMF associées au génotype MEFV M694V homozygote : Étude d’une grande cohorte.

Premier auteur : Eitan Giat

Revue : Seminars in Arthritis and Rheumatism

Résumé par le Dr Catherine Grandpeix-Guyodo

Fièvre méditerranéenne familiale : des symptômes parfois inattendus chez certains patients

Introduction :

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde. Parmi les mutations du gène MEFV associées à un phénotype de FMF classique, les variants M694V homozygotes sont classiquement associés aux formes les plus sévères de la maladie avec des poussées plus nombreuses, des arthrites plus fréquentes, des douleurs des membres inférieurs à l’exercice, une moins bonne qualité de vie, des besoins en colchicine plus importants, une moins bonne réponse aux traitements et un risque d’amylose inflammatoire accru, la moitié des cas d’amyloses AA chez les patients atteints de FMF étant associées à un génotype M694V homozygote. Cette étude s’est intéressée aux manifestations clinico-biologiques autres que celles déjà connues, associées aux mutations M694V homozygotes dans une grande cohorte de patients en Israël.


Patients et méthodes :

Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur des adultes ayant une FMF suivis entre 2010 et 2020 dans un centre hospitalier israélien. Les patients porteurs de la mutation M694V à l’état homozygote ont été comparés à un groupe contrôle de patients ayant un phénotype de FMF classique et soit des mutations de MEFV à l’état homozygote autres que M694V, soit hétérozygotes composites, soit hétérozygotes (variants connus associés à la FMF classique mais aussi présence de variants de signification inconnue (VUS) comme E148Q, K695R, P369S).


Résultats :

La cohorte comportait 3 866 FMF dont 47,6 % d’hommes et 517 (13,4 %) M694V homozygotes. Les différences significatives entre les 2 groupes étaient, chez les M694V homozygotes : une posologie de colchicine plus élevée (médiane 2 mg/j versus 1,5 mg/j) malgré une meilleure observance, un nombre plus grand d’échecs sous colchicine avec nécessité d’ajouter une biothérapie (anti-IL1 ou anti-TNF) (30 % versus 4,2 %), un nombre plus important de pathologies associées (spondylarthrite ankylosante (SPA), maladie de Behçet, insuffisance cardiaque congestive, thromboses veineuses profondes, insuffisance rénale chronique et dysfonctions hépatiques), des anomalies plus importantes de paramètres biologiques (CRP, VS, enzymes hépatiques, bilirubine, créatinine et acide urique), un nombre plus important d’hospitalisations et de passages aux urgences, en particulier du fait de poussées de FMF.

Les résultats sont les mêmes si l’on exclut du groupe contrôle les patients ayant au moins une mutation M694V. De plus, la comparaison d’un groupe hétérozygote M694V aux autres contrôles ne montre pas de différence.

Il est également à noter que les homozygotes M694V sous biothérapies avaient plus de SPA, de maladie de Behçet, d’insuffisance rénale chronique, de cytolyse hépatique, d’hyperuricémie, de passages aux urgences et d’hospitalisations. En revanche, il n’y avait pas de différence en termes de pathologies cardio-vasculaires entre les homozygotes sous biothérapies et ceux uniquement sous colchicine.


Discussion :

Outre ce qui est décrit dans la littérature (phénotype plus sévère, plus de crises, des localisations spécifiques de poussées de FMF, une moins bonne réponse à la colchicine, plus d’associations à des maladies inflammatoires, plus d’amyloses AA et d’insuffisances rénales chroniques), cette étude montre chez les patients FMF avec mutation M694V homozygote l’utilisation de posologies plus élevées de colchicine, le recours plus fréquent aux biothérapies, l’absence d’augmentation des pathologies ischémiques cardio-vasculaires malgré l’inflammation plus importante (possiblement du fait de l’action des anti-IL1). L’étude retrouvait par contre un taux plus important d’insuffisances cardiaques congestives qui pourraient être attribuées à l’inflammation systémique plus importante, comme cela a été montré dans la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. Il en est de même de la plus grande fréquence des thromboses veineuses profondes.

Les dysfonctionnements hépatiques et cytolyses hépatiques étaient plus fréquents chez les patients FMF homozygotes M694V et pourraient être attribués eux aussi à l’inflammation systémique qui générerait une stéatose hépatique.

Afin de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques, plus d’études semblent cependant nécessaires.


Conclusion :

Outre les tableaux plus sévères et compliqués de FMF classique associées au génotype M694V homozygote de MEFV, sont observés des besoins en colchicine plus importants voire le recours à des biothérapies, des pathologies associées plus fréquentes comme des maladies inflammatoires (SPA, Behçet), une fréquence accrue d’insuffisances cardiaques congestives, de thromboses veineuses profondes, d’insuffisances rénales chroniques et d’hépatopathies. Une surveillance accrue biannuelle des patients M694V homozygotes semble indispensable.

 
 
 

Titre en anglais : Novel Insights into the Clinical Features, Genetic Spectrum and Clonal Evolution of Patients Carrying NLRP3 Mosaicism

Résumé par le Dr Yixiang Yves-Jean Zhu

Premier auteur: Bonet N.

Revue : Journal of Clinical Immunology

Reference: J Clin Immunol. 2025 Sep 30;45(1):134. doi: 10.1007/s10875-025-01922-x


CAPS : mieux comprendre une maladie inflammatoire rare liée à une mutation partielle du gène NLRP3

Introduction:

Le syndrome périodique associé à la cryopyrine (CAPS) est une maladie auto-inflammatoire monogénique rare associée à des variants gain de fonction du gène NLRP3, entraînant une activation constitutive de l’inflammasome correspondant et une production excessive d’IL-1β. Les manifestations classiques associent une éruption pseudo-urticarienne, des arthralgies, une fièvre récurrente, une atteinte neurologique et une surdité neurosensorielle dans un contexte d’inflammation biologique (CRP élevée). Dans le continuum phénotypique du CAPS, la forme Neonatal Onset Multisystem Inflammatory Disease (NOMID) se distingue par sa particulière sévérité. Le traitement à ce jour repose sur l’administration d’agents bloqueurs de l’IL-1β, et des traitements bloquant spécifiquement l’inflammasome NLRP3 comme le MCC950 sont à l’étude. La transmission est habituellement autosomique dominante, mais certains cas résultent de mutations post-zygotiques à l’origine d’un mosaïcisme, phénomène encore peu documenté. Cette étude rétrospective espagnole rapporte la plus grande cohorte à ce jour de patients atteints de CAPS liés à un mosaïcisme, avec analyse clinique, génétique et fonctionnelle de 17 patients.


Résultats principaux:

  • Caractéristiques cliniques : Dix-sept individus (7 hommes, 10 femmes) ont été inclus ; 4 présentaient un phénotype NOMID, 14 un phénotype de CAPS autre que NOMID et une personne était asymptomatique. L’âge moyen de début était de 26 ans (allant de 0,1 à 76 ans), avec deux groupes de patient : un groupe à début précoce (< 5 ans) concernant 6 patients et un groupe à début tardif (> 45 ans) concernant 6 patients. Les manifestations les plus fréquentes étaient une éruption pseudo-urticarienne (100 %), des arthralgies (87 %), des fièvres récurrentes (75 %), une arthrite (68 %) et des céphalées (56 %).

  • Réponse au traitement : Tous les patients symptomatiques avaient reçu un inhibiteur de l’IL-1 : anakinra (14 patients) ou canakinumab (2 patients). Une réponse complète avec normalisation de la CRP et amélioration clinique a été observée chez 94 % des patients. Un seul cas de réponse partielle sous anakinra a été contrôlé après passage au canakinumab.

  • Données génétiques et fonctionnelles : Seize variants différents de NLRP3 ont été identifiés, tous localisés dans l’exon 4, avec une fréquence allélique variant de 1,3 % à 34,8 %.Les études in vitro ont confirmé l’hyperactivation de l’inflammasome, sensible à l’inhibiteur spécifique de NLRP3 MCC950, sauf pour le variant D303H, partiellement résistant.

  • Évolution clonale : le suivi longitudinal a montré une stabilité de la fréquence allélique dans 54 % des cas ; une augmentation dans 23 % (principalement chez les patients > 50 ans, évoquant la possibilité d’une hématopoïèse clonale associée portant le variant pathogène de NLRP3) ; et une diminution dans 23 %, pouvant refléter une « fatigue » du clone muté.

  • Distribution du mosaïcisme : 64% des patients ont un mosaïcisme concernant au moins les cellules myéloïdes et lymphoïdes et 36% des patients ont un mosaïcisme restreint aux cellules myéloïdes. Aucune différence clinique notable n’a été observée entre ces deux profils de mosaïcisme.

Message pratique:

Cette étude, la plus large à ce jour sur le CAPS mosaïque, montre que :

  • Le tableau clinique et la réponse au traitement sont comparables à ceux des CAPS germinaux, et les études fonctionnelles montrent un profil d’activation similaire également.

  • Le mosaïcisme peut rester stable ou fluctuer dans le temps, l’intérêt de sa surveillance pour le suivi reste à démontrer.

  • Il peut être limité aux cellules myéloïdes, suggérant un variant acquis plus tardivement, mais sans que cela n’impacte les caractéristiques cliniques.


L’hypothèse de CAPS ne doit pas être éliminé en cas de phénotype compatible sur la base de l’absence d’antécédents familiaux similaires. La recherche de Mosaïcisme NLRP3 est essentielle chez tout adulte présentant un tableau évocateur de CAPS, ces patients bénéficiant également d’une excellente réponse aux inhibiteurs de l’IL-1. La détection du mosaïcisme étant plus sensible le séquençage à haut débit, cette technique doit être privilégiée en cas de suspicion de CAPS. Elle devra comporter une profondeur de lecture suffisante pour détecter des mosaïcismes à faible fréquence allélique.


 
 
 

Titre de l'article: Risque accru de rhumatisme psoriasique chez les patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale : étude de cohorte en population générale

Premier auteur: Amir Haddad

Revue: Rheumatology (Oxford)

Auteur du résumé: Dr Rim Bourguiba


FMF et rhumatisme psoriasique : un risque plus élevé qu’attendu

Résumé

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde. Elle est associée à des mutations du gène MEFV et caractérisée par une activation excessive de la voie de l’interleukine 1 (IL-1)β. Le rhumatisme psoriasique (PsA) est une maladie inflammatoire chronique appartenant au spectre des spondyloarthrites, dont la physiopathologie implique notamment les voies IL-23/IL-17 et les lymphocytes Th17. Les données concernant l’association entre FMF et PsA restaient jusqu’ici limitées.


Cette étude de cohorte rétrospective en population générale a été menée à partir de la base de données du principal organisme d’assurance santé israélien (Clalit Health Services), couvrant environ 4,9 millions d’individus, entre 2010 et 2023. Les auteurs ont identifié 9 736 adultes atteints de FMF traités par colchicine, sans antécédent de PsA, appariés sur l’âge et le sexe à 97 360 témoins non FMF. Les participants ont été suivis jusqu’à la survenue d’un PsA, le décès ou la fin de la période d’étude.

L’incidence du PsA était significativement plus élevée chez les patients FMF que chez les témoins (3,26 vs 0,9 pour 1 000 personnes-années). Après ajustement sur les facteurs démographiques et les comorbidités, la FMF était associée à un risque multiplié par plus de trois de développer un PsA (HR 3,52 ; IC95 % 2,48–5,0). Les autres facteurs indépendamment associés au PsA chez les patients FMF étaient l’âge, le tabagisme et un niveau socio-économique élevé. La présence d’un psoriasis était, comme attendu, le facteur prédictif majeur.


Les caractéristiques cliniques et les stratégies thérapeutiques du PsA étaient globalement similaires chez les patients avec ou sans FMF, à l’exception d’un recours plus fréquent aux DMARDs synthétiques ciblés chez les patients FMF-PsA.


Ces résultats suggèrent une susceptibilité accrue au PsA chez les patients FMF, possiblement liée à des mécanismes immunopathologiques communs impliquant l’IL-1β et l’activation Th17. Ils soulignent la nécessité d’une vigilance clinique accrue vis-à-vis des manifestations articulaires inflammatoires chez les patients FMF.


Ce travail incite, en pratique, à dépister activement des symptômes évocateurs de rhumatisme psoriasique (douleurs articulaires persistantes, enthésites, dactylites) chez les patients atteints de FMF, en particulier en cas de psoriasis ou de facteurs de risque associés.

 
 
 
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