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  • Premier auteur : Amit Druyan1

  • Revue : Rheumatology

  • Référence : Rheumatology (Oxford). 2026;65:keag160

  • Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42024667/

  • Article résumé par : Dr. Catherine Grandpeix-Guyodo

Evaluation de l’efficacité des inhibiteurs d’interleukine 1 sur les douleurs de jambes à l’orthostatisme des patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF)

Points clés :

-    Les douleurs de jambes à l’orthostatisme sont une plainte fréquente des patients atteints de FMF avec des phénotypes sévères.

-    Ces douleurs des membres inférieurs ont un impact sur la qualité de vie

-    Les inhibiteurs d’interleukine 1 semblent efficace chez au moins la moitié des patients

 

Introduction : 

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au Monde. Elle est associée à des mutations du gène MEFV. La présentation classique associe des crises fébriles et des sérites. Fréquemment, les patients se plaignent également de douleurs de jambes typiquement déclenchées par la marche ou la station debout prolongée, persistantes pendant plusieurs heures malgré le repos et souvent associées à des gonflements voire une rougeur. Ce symptôme répond moins bien à la colchicine, comparativement aux autres symptômes, et est associé à des phénotypes sévères de FMF, une inflammation persistante, le génotype M694V homozygote de MEFV et un risque accru d’amylose.

Cette étude s’est intéressée à l’évaluation de l’efficacité des anti-interleukine 1 (anti-IL1) dans ces douleurs de jambes au cours de la FMF.

 

Patients et méthodes :

Cette étude rétrospective monocentrique turque s’est intéressée aux patients adultes FMF résistants à la colchicine, traités par anti-IL1 depuis au moins 3 mois et par de la colchicine à la dose maximale tolérée, et présentant des douleurs de jambes qui existaient déjà avant le début des anti-IL1. Le groupe contrôle était constitué d’une cohorte historique de patients FMF avec douleurs de jambes et n’ayant pas reçu d’anti-IL1.

Les variables étudiées étaient les données démographiques, la présence du variant M694V à l’état homozygote, les douleurs de jambes et la qualité de vie.


Résultats :

Un total de 27 patients sous anti-IL1 au long cours ayant des douleurs de jambes (23 canakinumab, 4 Anakinra) a pu être comparé aux 99 patients de la cohorte historique.

Ces patients étaient plus sévères avec des crises plus nombreuses avant l’utilisation des anti-IL1 (50/an), un génotype de MEFV M694V homozygote dans 55% des cas, des arthrites des membres inférieurs pendant les poussées de FMF chez 85% des patients, une posologie moyenne de colchicine plus élevée (2,6 mg/j en moyenne) et 11% d’amyloses AA.

Les douleurs de jambes étaient bilatérales, provoquées par la station debout prolongée ou la marche et étaient résolutives après plusieurs heures de repos allongé.

L’effet du traitement anti-IL1 sur la FMF chez ces patients a été une diminution de la fréquence des crises à 9/an en moyenne et une normalisation de la CRP inter-critique chez 50% des patients. Une amélioration des douleurs de jambes était notée chez 52% des patients. Un lien entre la qualité de vie et la présence de douleurs des jambes était noté uniquement chez les patients sous anti-IL1, reflet probable du fait qu’il était masquées par les crises inflammatoires auparavant.


Discussion :

Une amélioration des douleurs de jambes n’a été notée que chez 50% des patients mais les patients étudiés avaient des formes particulièrement sévères de FMF.

Dans la littérature, des études dans lesquelles des IRM étaient réalisées montraient des signes de spondylarthropathies ou d’enthésites occultes chez les patients présentant des douleurs de jambes. Or les médiateurs de ces pathologies sont le TNF⍺ et l’IL17, plus que l’IL1, ce qui pourrait expliquer l’inefficacité chez certains.

Cette étude montrait également de manière intéressante que la suppression des crises de FMF mettait en évidence un lien direct entre la qualité de vie et les douleurs de jambes à la station debout.

Cette étude avait des limites qui étaient son caractère rétrospectif, la petite taille de la cohorte, et le manque de certaines données.

Rappelons que le canakinumab est un produit très couteux qui ne doit pas être prescrit en première intention.

 

 
 
 

Titre de l'article: Performance of serum interleukin-18 (IL-18) levels for the follow-up of patients with Familial Mediterranean Fever.

Premier auteur : Inès Elhani

Revue : The Journal of Allergy and Clinical Immunology: In Practice (JACIP)

Article traduit par le Dr Catherine Grandpeix-Guyodo


Performance du taux d’interleukine 18 (IL-18) sérique pour la surveillance des patients atteints de Fièvre Méditerranéenne Familiale















Introduction:

L’activation de l’inflammasome dans la Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est à l’origine d’une sécrétion accrue d’interleukine (IL)-1β et d’IL-18. La surveillance de l’activité de la FMF est fondamentale du fait du risque d’amylose AA en cas d’inflammation prolongée et se fait classiquement grâce à la CRP et la SAA (protéine sérum amyloïde A), leurs valeurs pouvant être dissociées. Cette étude s’est intéressée à la possibilité de suivi de l’activité des FMF grâce au dosage de l’IL-18 totale sanguine.


Patients et méthodes:

Cette étude monocentrique, rétrospective portait sur des patients FMF adultes ayant eu au moins un dosage d’IL-18 totale sanguine au cours de leur suivi entre 2022 et 2024. Les données recueillies étaient le statut mutationnel du gène *MEFV*, les valeurs de CRP et SAA, l’activité de la maladie (considérée comme contrôlée si moins de 2 poussées par an / non contrôlée si à partir de 2 poussées par an) et enfin le ou les dosages d’IL-18 totale réalisés lors de consultations de suivi (soins courants).


Résultats:

Parmi 208 patients prélevés, la moitié avaient une FMF contrôlée, et un total de 308 dosages d’IL-18 étaient analysables avec une médiane de mesure à 922,25 pg/mL (N < 350 pg/mL). Parmi les patients dont la FMF était contrôlée, les taux d’IL-18 étaient significativement plus élevés chez les patients homozygotes par rapport aux hétérozygotes composites et hétérozygotes.


Certains patients ont eu des dosages d’IL-18 lorsque la FMF était inactive et active, et les taux ne montraient pas de différence significative.


Les taux d’IL-18 n’étaient pas significativement différents chez les patients traités par anti-IL-1.


Des dosages > 7 000 pg/mL concernaient 16 patients qui avaient un problème d’observance de leur traitement par colchicine et des posologies plutôt basses (< 2 mg).


Discussion:

Les taux d’IL-18 totale sanguine semblent corrélés au génotype mais pas à l’activité de la maladie. La persistance de taux élevés d’IL-18 chez les patients asymptomatiques pourrait suggérer une activité à bas bruit de l’inflammasome pyrine. Des taux très élevés peuvent montrer que les patients sont sous-traités mais la signification du taux d’IL-18 en termes de risque d’amylose reste à déterminer si le taux de SAA est normal.


Les limites de cette étude sont le peu de prélèvements par patient (en général 1), le caractère rétrospectif et l’absence d’évaluation par un score d’activité de la maladie lors du prélèvement.


Conclusion:

Le suivi du taux sanguin d’IL-18 totale a un rôle qui reste à définir puisqu’il ne semble pas refléter ni l’état inflammatoire immédiat du patient ni l’activité de la FMF. Son intérêt pourrait résider dans la détection d’une activité inflammatoire infra-clinique et l’évaluation de l’adhérence au traitement. Des études prospectives sur de grandes cohortes seront nécessaires pour approfondir son utilité dans la FMF.


Figure 1. Median IL-18/patient levels according to genotype in patients with familial Mediterranean fever.

 
 
 

Titre en anglais : Efficacy and Safety of Anakinra in Colchicine-Resistant or-Intolerant Familial Mediterranean Fever: A Single-Center Real-Life Experience

Résumé par le Dr Catherine Grandpeix-Guyodo

Premier auteur: Tugba Ocak

Revue : Medicina

Reference: Medicina (Kaunas). 2025 Apr 25; 61: 792

Anakinra dans la Fièvre Méditerranéenne Familiale résistante à la colchicine

Introduction:

La Fièvre Méditerranéenne Familiale (FMF) est la maladie monogénique auto-inflammatoire la plus fréquente au monde. Elle est associée à des mutations du gène MEFV et caractérisée par des poussées inflammatoires récurrentes notamment de douleurs abdominales. La complication la plus sévère est l’amylose AA. Le traitement recommandé est la colchicine pour prévenir les crises et les complications. Chez certains patients, la colchicine aux doses maximales ne suffit pas à empêcher les crises, tandis que d’autres patients ne tolèrent pas la colchicine. Les anti-interleukine-1 sont efficaces en cas de résistance/intolérance à la colchicine. Cette équipe turque s’est intéressée au traitement par Anakinra chez les patients résistants/intolérants à la colchicine, à leurs caractéristiques cliniques, à la durée du traitement, à la réponse au traitement, à l’éventuelle augmentation des intervalles entre les injections, et aux réponses à long terme.


Patients et méthodes:

Cette étude rétrospective monocentrique a inclus 68 patients atteints de FMF avec résistance ou intolérance à la colchicine nécessitant la mise en route d’un traitement par Anakinra à la dose de 100 mg/j. La résistance à la colchicine était définie par la survenue d’au moins une crise par mois malgré la dose maximale tolérée de colchicine quotidienne. L’intolérance à la colchicine était définie par l’impossibilité d’augmenter la posologie de colchicine du fait de troubles digestifs.


Résultats:

Parmi ces 68 patients, l’âge médian était de 40,2 ans et 57,3 % étaient des femmes. Parmi les 60 patients qui avaient eu une analyse génétique, 32 patients (53 %) avaient 2 mutations pathogènes de MEFV, 26 (43 %) étaient hétérozygotes pour des mutations pathogènes, et 2 n’avaient pas de mutation retrouvée.


Quinze patients avaient une amylose AA. Tous les patients étaient traités par colchicine avant de débuter le traitement par Anakinra à une posologie médiane de 2 mg/j et 63 patients ont continué ce traitement en parallèle. Le suivi médian était de 34 mois.


Le traitement était efficace chez la majorité des patients avec des diminutions significatives du score Pras, de la VS, de la CRP et de la SAA et de la protéinurie si elle préexistait.


Chez 21 patients, une rémission était obtenue sous traitement permettant d’espacer les injections d’Anakinra à tous les 2 jours, puis tous les 3 jours. Huit de ceux-ci ont pu arrêter le traitement complètement en ne gardant que la colchicine. Seuls 2 patients ont rechuté dans le mois qui a suivi l’arrêt complet du traitement.


Les principaux effets secondaires étaient des réactions au point d’injection.


Dix-sept autres arrêts de traitement par Anakinra sont rapportés, majoritairement du fait d’une réponse insuffisante (7 patients) ou d’effets secondaires (7 patients).


Quatre patientes ont été traitées par Anakinra pendant leur grossesse sans effet secondaire chez la maman et le bébé.


Six patients transplantés rénaux ont été traités par Anakinra dont un patient est décédé d’une pneumopathie à COVID-19.


Discussion:

Cette étude montre que le traitement par Anakinra chez les patients résistants ou intolérants à la colchicine permet d’améliorer rapidement et durablement les signes cliniques et les marqueurs biologiques de l’inflammation avec une bonne tolérance. Les intervalles entre les injections ont pu être espacés de 2 voire 3 jours avec un maintien de la réponse clinique et biologique. La protéinurie présente chez certains a diminué sous traitement suggérant un effet intéressant chez les patients ayant une amylose AA. Ce traitement était également bien toléré sans effet secondaire chez les 4 femmes enceintes.


En pratique:

Dans cette étude réalisée chez 68 adultes turcs atteints de FMF, l’Anakinra était rapidement efficace et bien toléré à long terme chez les patients résistants ou intolérants à la colchicine.

 
 
 
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